Évêque


Un évêque Écouter est le dignitaire d'une Église chrétienne particulière ou d'un diocèse. Sous des formes et des modalités différentes, la fonction épiscopale existe depuis les origines du christianisme. Au cours des siècles, elle subsiste dans les Églises catholique et orthodoxe, ainsi que dans la Communion anglicane et dans certaines Églises protestantes.

Dans chacune de ces Églises, l'évêque est consacré par un ou plusieurs évêques issus d'une chaîne d'ordonnateurs qui, théoriquement, remonte dans le temps jusqu'à l'un des apôtres du Christ. C'est ce que l'on appelle la succession apostolique, qui est revendiquée par l'ensemble de ces Églises.

Dans le protestantisme et le christianisme évangélique, le ministère d'évêque est présent dans toutes les dénominations, souvent avec d'autres noms comme président du conseil ou surveillant général. Certains dénominations utilisent spécifiquement ce titre.

Sommaire

Étymologie


Le mot évêque vient du mot gallo-roman *EPISCU[2], forme raccourcie du latin episcopus, lui-même issu du grec ἐπίσκοπος / episkopos, qui signifie littéralement « surveillant » ou « superviseur », c'est-à-dire responsable d'une organisation ou d'une communauté. Le mot est plusieurs fois utilisé dans les Épîtres de Paul, qui sont les textes les plus anciens du christianisme. Ἐπίσκοπος est formé à partir de la préposition ἐπί (« sur ») et du verbe σκοπέω (« observer »).

Avant le christianisme, le terme désignait diverses fonctions d'administrateur dans les domaines civil, financier, militaire ou judiciaire.

Histoire


Premiers siècles

Si l’histoire de la fonction épiscopale remonte à l’époque des premiers développements de l’institution ecclésiale, ses origines et son évolution durant les premiers temps du christianisme demeurent largement conjecturales[3]. En outre, la documentation fragmentaire a souvent laissé libre cours, dès l’Antiquité, aux surinterprétations dogmatiques ou confessionnelles dans le but de légitimer des institutions nouvelles en cherchant à les couvrir de l’autorité des Apôtres[3], ce qui en fait une question débattue de longue date[4].

Ainsi, les tentatives de proposer une vision évolutive de l'épiscopat sur base des éléments lacunaires conservés des trois premiers siècles du christianisme, constitués de l'histoire discontinue de certaines Églises locales aux réalités singulières et peu interconnectées, demeure autant de gageures[5]. On peut néanmoins dégager quelques grands traits de cette évolution : dès l’apparition des premières communautés d’adeptes de la foi chrétienne, des fonctions de services à ces communautés sont apparues, des services ou ministeria (« ministères ») qui se sont peu à peu spécialisés puis institutionnalisés, dans un processus sans uniformité répondant aux spécificités et besoins de communautés locales éparses et diversifiées avant de peu à peu converger au IVe siècle vers une structuration peu ou prou similaire qui caractérise certaines fonctions dans la plupart des communautés de la Grande Église[6], aboutissant notamment au principe d’« une communauté, un évêque »[7].

Les temps apostoliques

Si c'est le grec episkopos qui donne les termes « épiscope » puis « évêque », les contours de la fonction ou de ses prérogatives — souvent d'ailleurs indistinctes de celles du « presbytre » — sont variables durant les premiers siècles dans des communautés chrétiennes locales, différentes, dispersées et il ne correspond guère à l'usage en cours dans l'Église actuelle[8]. Signifiant « surveillant », « gardien » ou encore « inspecteur », le terme episkopos est connu en grec classique dans le vocabulaire administratif  et religieux, pour qualifier des tâches de direction plus ou moins importantes, ainsi que comme attribut divin[9], un usage que l'on retrouve également à deux reprises pour Dieu dans la Septante où douze autres occurrences concernent des fonction de déléguées de gardien du Temple, de cadre de l'armée ou de directeur de travaux[9].

Absent des Évangiles, il n'apparait qu'à quatre reprises dans le Nouveau Testament pour désigner un office ecclésial qu'il est difficile de distinguer de celui du presbyteros (« ancien »)[9]. On le trouve deux fois au singulier[10] et deux fois au pluriel[11], notamment dans un passage des Actes des apôtres où l'épiscope est présenté comme un berger qui « fait paître » les fidèles[9]. On trouve également un usage du terme comme titre christologique dans la première épitre de Pierre[12].

La littérature néotestamentaire atteste de l'émergence au sein des premières communautés de disciples de Jésus de Nazareth  — qui professent que ce dernier est le Messie — d'une certaine diversité de ministères qui plongent leurs racines dans le judaïsme tardif, tant pour le judéo-christianisme jérusalémite que pour le pagano-christianisme hellénistique de type paulinien[13]. Dans les différentes « assemblées » (ἐκκλησία/ekklesia) du paléochristianisme, on rencontre des ministères de type « charismatiques » généralement itinérants[14]— apôtres, prophètes et docteurs, trois catégories bénéficiant de dons divins — aux côtés de ministères plus « institutionnels » — épiscopes, presbytres et diacres davantage liés à une communauté donnée[13] — qui relèvent, dans des groupes organisés ne connaissant pas encore de « clergé », de la catégorie des « hommes d'Église »[15] chargés de la gestion pratique, cultuelle, spirituelle, doctrinale… dans la vie quotidienne des fidèles[16].  

Subordonnés aux apôtres, les episkopoi et prebyteroi semblent avoir joué le rôle de proche collaborateurs des apôtres dont ils sont parfois les délégués dans une communauté donnée[17]. Ils assument leur charge de l'episkopè — la « surintendance » ou la « vigilance » auprès des communautés — de manière collégiale sous l'autorité apostolique[18].

Collégialités

Avec la disparition des apôtres qui, de leur vivant, jouissent assez naturellement de la principale autorité au sein des communautés[17], ainsi qu'avec l'estompement consécutif des attentes eschatologiques, une crise de l'autorité se fait jour[19]. On observe assez rapidement une montée en puissance des fonctions institutionnelles qui s'affirment face à l'autorité des charismatiques[20], même si certains d'entre eux subsistent çà et là[21] : bien que cela suscite des résistances[22], les épiscopes/presbytres et diacres deviennent progressivement les détenteurs du pouvoir dans les communautés[23], dont ils assurent la direction spirituelle et matérielle sous une forme collégiale calquée sur la gestion des synagogues[24].  

On observe les premières aspirations à l'épiscopat d'un seul ou « mono-épiscopat » dans les écrits d'Ignace d'Antioche — dont l'activité est généralement située dans les deux premières décennies du IIe siècle[25] — qui défend auprès des communautés d'Asie Mineure l'unité de l'Église par un système hiérarchique « conforme à la volonté de Dieu » où l'évêque unique est assisté d'un collège de presbytres (presbyterium) et des diacres[26], justifiant le primat par une approche théologique[27]. Mais sa défense polémique du modèle atteste que celui-ci est encore loin d'être la norme[19] dans des groupes de chrétiens toujours largement autonomes y compris au sein d'une cité comme Antioche[28].

A contrario, la documentation qui évoque les ministères paléochrétiens contemporaine d'Ignace ignore le mono-épiscopat et atteste de diverses formes de direction collégiales : le Didachè recommande l'élection « d'évêques et de diacres », la Première épître de Clément  évoque un collège de presbytres, le Pasteur d'Hermas mentionne des « ministres de l'Église », Polycarpe — lui-même qualifié de « presbytre apostolique »[29] — atteste seulement de presbytres et de diacres tandis qu'Ignace lui-même ne fait pas état de la présence d'un modèle mono-épiscopal à Rome ni ailleurs qu'en Asie Mineure[30]. Il faut cependant noter que les sources sont également muettes sur le fonctionnement de ces collégialités assurant l'episkopè, réduisant les chercheurs aux conjectures[31]. En outre, les fonctions des épiscopes et des presbytres ne se distinguent toujours pas nettement, les deux termes étant même parfois appliqués aux mêmes personnes[18] : on trouve ainsi, au tournant du IIe siècle, les communautés de Corinthe et de Rome dirigée par un collège de presbytres ou d'épiscopes assistés de diacres[32] tandis que dans le dernier quart du siècle ni Irénée de Lyon ni Clément d'Alexandrie ne font encore la distinction[33], bien que le premier semble bien connaître une structure mono-épiscopale[29].

Ainsi, les étapes qui mènent vers l'installation du mono-épiscopat et de l'épiscope comme chef unique d'une église locale, distinct du presbyterium, ne sont pas claires, restent débattues et ont dû différer selon les emplacements[34]. Bien qu'elles restent là aussi conjecturales, plusieurs reconstructions ont néanmoins été proposées[30] : l'une voit dans le phénomène l'évolution de la présidence du collège « des anciens » initialement détenue par l'un des apôtres dont l'épiscope serait le délégué puis l'héritier[35] ; une autre envisage le besoin d'unité des églises domestiques des cités, jusque-là relativement indépendantes et dirigées par des chefs de familles ou anciens, rassemblés en conseils sous la pression de facteurs externes comme les innovations doctrinales, d'où aurait progressivement émergée la figure de l'évêque unique[36] ; une dernière enfin, plus théologique, veut que l'Église se ressente depuis ses origines comme une communauté eucharistique rassemblée autour d'un chef de communauté devenu le « superintendant » unique pour chaque ville, selon le modèle « pas d'Église sans eucharistie et pas d'eucharistie sans évêque »[18].  

Quels qu'en soient les causes et facteurs, il est un fait que le mono-épiscopat tend à devenir le modèle commun à partir de la seconde moitié du IIe siècle[34].

Mono-épiscopat

Le IIIe siècle voit l'apparition d'un modèle d'organisation de l'Église inspiré des cités qui aboutit à l'apparition d'un ordre clérical et la formation d'un clergé qui se distingue du peuple, sacralisant progressivement les fonctions hiérarchisées sur un modèle vétérotestamentaire[37]. Depuis la seconde moitié du IIe siècle, le modèle mono-épiscopal s'est ainsi généralisé[31] et l'évêque prend bientôt la tête de cette hiérarchie ecclésiastique pour devenir le dispensateur sur terre de l'auctoritas — une notion jusque-là exclusivement civile — confiée par Dieu à l'Église[37].

On le retrouve ainsi désormais à la tête de chaque église, à la tête de laquelle il est proposé au peuple par le clergé local en collaboration avec les évêques des cités environnantes[38]. Une fois élu par le peuple et ordonné par un collège d'évêques, il cumule tous les pouvoirs[38] : en outre d'assurer la prédication, c'est l'évêque qui assure les fonctions liturgiques et sacrées, assurant l'administration du baptême, la célébration de l'eucharistie, la réconciliation des pénitents, la formation, l'ordination et le contrôle des clercs[39], la consécration des vierges et veuves ainsi que celle des édifices religieux[40] ; il assure la direction de la communauté et administre ses ressources ainsi que ses membres — qu'il a le pouvoir d'excommunier[40] — dont il arbitre les conflits et qu'il assiste dans les difficultés ou les épreuves, dans un rôle qui s'apparente à celui de pater familias[38].

Cependant, l'émergence de la structure mono-épiscopale ne signifie pas pour autant la disparition de la collégialité : la charge d'évêque n'est pas concevable sans un presbyterium d'anciens qui le conseille et qui peut d'ailleurs assurer la vie de la communauté en cas d'absence de l'évêque ou de vacance du siège épiscopal[41] ; par ailleurs les évêques eux-mêmes se considèrent entre eux comme membres d'un collège, ouvrant la voie aux pratiques synodales[42].  C'est ainsi en collège que les évêques veillent à l'orthodoxie de la doctrine et de la manière dont elle est dispensée par les clercs[38].

Si le mono-épiscopat implique la présence unique d'un évêque — auquel seul revient désormais l'appellation d'episkopos/episcopus[38] — pour chaque agglomération, il existe cependant une grande disparité dans la distribution des sièges épiscopaux : quand en Afrique romaine le moindre bourg est doté d'un évêque[42], l'Égypte et la Gaule ne connaissent qu'un unique siège métropolitain pendant longtemps, favorisant alors le rôle des presbytres comme responsables pastoraux des communautés locales, préfigurant les paroisses[43].  L'évêque est quant à lui désormais lié à son Église, qu'il ne peut en principe quitter pour une autre, et y reçoit parfois le titre d'affectueuse vénération de « pape »[44] que l'on retrouve à Carthage, Alexandrie ou Rome mais aussi dans des agglomérations plus modestes[38]. Rapidement, une hiérarchie entre les évêques finit cependant par apparaître : les évêques de villes importantes peuvent souvent se réclamer d'une origine apostolique plus directe et président aux affaires des évêques d'une région donnée.

Empire chrétien

Lorsque, à la fin du IIIe siècle, Eusèbe de Césarée rédige sont Histoire de l'Église, la figure de l'évêque est devenue incontournable dans les communautés chrétiennes désormais largement répandues autour de la Méditerranée, à telle enseigne qu'ils sont particulièrement visés lors des persécutions de Valérien (257-260) puis de Dioclétien (303-313)[7]. Ainsi, lorsque Constantin s'empare de la tête de l'Empire, le modèle épiscopal de direction des communautés chrétiennes est largement établi[7].

Succession apostolique

L’affirmation selon laquelle les ministères de l'Église remontent aux apôtres est attestée dès les années 80 par les Épîtres pastorales et, une dizaine d'année plus tard, la Première épître de Clément affirme que les épiscopes, comme les diacres, ont été institués par les apôtres eux-mêmes[45], dans la première attestation connue de la chaîne de transmission de l'autorité Dieu-Christ-apôtres-épiscopes[46].

Très tôt apparaissent des listes d'épiscopes que l'on fait remonter aux apôtres afin de démontrer l’orthodoxie d’une communauté locale[45] dans un procédé connu dans la littérature antique qui a pour fonction de témoigner d'une ancienneté plutôt que d'une historicité[47] : si l'on en croit Eusèbe de Césarée († 339)[48] qui écrit au tournant du IVe siècle et pour lequel le sujet « tourne à l’obsession »[45], l’utilisation des premières listes d’épiscopes d'origines apostoliques débute avec Hégésippe de Jérusalem († 180) ; elles sont développées ensuite chez Irénée de Lyon († 202) qui leur consacre le livre III de son Adversus Hæreses, chez Hippolyte de Rome († 235) ou encore Julius Africanus († 240)[45]. Vers le milieu du IIIe siècle, dans le cadre d'un conflit d'autorité dans sa communauté, Cyprien de Carthage affirme que les évêques, institués par Jésus lui-même dans la personne des apôtres, sont supérieurs aux diacres[45] qui ne l'ont été qu'à la Résurrection[49].

Dès la fin IVe siècle, l'apparition du terme « apostolique » dans le Credo atteste de cette revendication d'une continuité de l’Église tant dans son message et dans ses institutions depuis l'époque des apôtres[50] et, au début du Ve siècle, Augustin d'Hippone fixe la doctrine selon laquelle les évêques sont dépositaires de la succession de ces derniers : depuis lors, « le motif ecclésiologique qui fait des évêques les successeurs des apôtres paraît ressortir à la catégorie des invariants »[51].

Épiscopat dans les confessions chrétiennes


Église catholique

Théologie catholique de l'épiscopat

La théologie de l'épiscopat distingue trois éléments constitutifs, de droit divin, tous trois également d'origine apostolique :

Ces trois éléments, normalement unis et coordonnés l'un à l'autre, peuvent être accidentellement disjoints. La titulature et la juridiction peuvent varier, en cas de démission, ou de mutation de siège, par exemple. Le pouvoir d'ordre est donné pour toujours : sacerdos in aeternum.

La titulature et la juridiction sont distinctes pour chaque évêque ; ce sont elles qui constituent la hiérarchie ecclésiastique. Le pouvoir d'ordre, quant à lui, est unique et identique pour tous les évêques. Il fonde ce qu'on appelle la collégialité épiscopale. Tous trois, titulature, pouvoir d'ordre et juridiction, sont une participation au sacerdoce du Christ, unique vrai prêtre et pasteur.

Titres et fonctions

Évêques en situation régulière

Le pape, archevêque de Rome, ayant juridiction sur son diocèse, mais aussi ayant une juridiction plénière complète sur toute l’Église catholique.

Archevêque primat, archevêque titulaire d'un diocèse archiépiscopal le plus prestigieux et le plus ancien d'un pays (Par exemple, Lyon pour la France) et dont il a la juridiction.

Archevêque, évêque investi, titulaire d'un archidiocèse dont il a la juridiction.

Évêque, titulaire d'un diocèse rattaché hiérarchiquement à un archidiocèse, et investi par Rome.

Évêque coadjuteur, collaborateur éventuel (investi par Rome) d'un évêque ou d'un archevêque; il est toujours unique et lui succède automatiquement.

Évêque auxiliaire, autre forme de collaborateur d'un évêque ou d'un archevêque. Investi, mais sans juridiction, et n'ayant pas droit à la succession épiscopale, son nombre peut être variable.

Évêque in partibus, titulaire d'un siège historique ancien n'existant plus, et donc sans juridiction, mais conservant son pouvoir plénier d'ordre.Par exemple, certains cardinaux de Curie.

Évêque et archevêque émérites, titulaires d'aucun diocèse depuis leur démission acceptée (généralement à l'âge de 75 ans) par Rome, et donc sans juridiction, mais conservant leur pouvoir plénier d'ordre.

Évêques en situation irrégulière

Évêque suspendu par Rome, et perdant toute juridiction, s'il en avait une, mais gardant le pouvoir plénier d'ordination qui devient illicite mais qui reste valide.

Évêque excommunié latae sententiae (excommunication automatique) pour avoir consacré un nouvel évêque sans l'aval de Rome, mais conservant cependant son pouvoir plénier d'ordination, lequel devient illicite et conduit en principe à un schisme.

Paramentique

Un évêque catholique se reconnaît à différents attributs :

Nomination et consécration

Les évêques sont nommés par le pape, à partir de listes transmises à Rome par le nonce apostolique, établies par les évêques d'une même province ou même région ecclésiastique. Chaque évêque a le droit de faire des propositions.

Dans le passé, la désignation des évêques a souvent donné lieu à des luttes entre les pouvoirs politiques et l'Église catholique, par exemple la querelle des Investitures, au XIe siècle, entre les papes et les empereurs romains germaniques.

De nos jours, les évêques sont nommés par le Saint-Siège, cette règle connaissant des exceptions, comme en France pour l'évêque aux armées qui est fonctionnaire, et pour l'archevêque de Strasbourg et l'évêque de Metz, qui sont nommés formellement par le président de la République française (selon le concordat en Alsace-Moselle) mais sur proposition de Rome, et quelques diocèses de Suisse.

D'autre part, dans les Églises catholiques orientales, les évêques des Églises patriarcales et archiépiscopales majeures sont désignés par le synode ou par le patriarche.

Église orthodoxe

Théologie orthodoxe de l'épiscopat

L'évêque occupe le degré suprême de la hiérarchie ecclésiastique. Il est le successeur des apôtres qui préside à l'eucharistie. Il est l'icône du Christ et le pasteur d'une église particulière dont il porte le nom dans sa titulature. Il est le surveillant et le responsable de la doctrine et de l'enseignement de ses ouailles. Il veille à la communion à l'intérieur de son église et à la communion de son église avec les autres églises orthodoxes.

Seuls les hiéromoines (moines, prêtres) accèdent à l'épiscopat. Il en découle que les évêques orthodoxes sont astreints non seulement au célibat mais aussi au monachisme, contrairement aux prêtres orthodoxes qui peuvent rester mariés s'ils l'étaient déjà avant leur ordination diaconale.

L'évêque orthodoxe n'est pas « responsable d'une portion du peuple de Dieu » selon la formule du catholicisme. Il est, par la grâce de son épiscopat et par la sainte eucharistie qu'il préside ou qui est célébrée en son nom, celui qui a le pouvoir sacramentel de transformer en Église le troupeau de fidèles qui se rassemble autour de lui.

Titulature

Paramentique

Les vêtements de l'évêque célébrant à l'autel :

La tenue solennelle de l'évêque présidant au chœur est la mandia, traîne violette ornée de bandes rouges et blanches.

Les vêtements de l'évêque en tenue de ville sont :

Églises protestantes

Églises anglicanes

Théologie et discipline

Chez les protestants, la succession apostolique n'est généralement pas considérée comme historique, mais comme spirituelle. Les Églises anglicanes (certaines sont appelées épiscopaliennes) ont conservé l'épiscopat, qui fait partie de leur héritage d'avant la décision de rupture d'Henri VIII[54]. L'ordination sacramentale à vie par trois évêques, la conservation de la succession apostolique (souvent dite historique) et les devoirs et responsabilités de l'évêque suivent les grandes lignes de l'épiscopat catholique et orthodoxe .

Les évêques sont soit nommés, soit élus, suivant les us et coutumes de chacune des trente-huit provinces (églises nationales) de la Communion anglicane.

Ministère féminin

Les femmes sont admises à l'épiscopat dans majorité des provinces anglicanes y compris l'Angleterre[55],[56]. La première femme à devenir évêque anglican, Barbara Harris, a été élue évêque suffragante dans le diocèse épiscopalien du Massachusetts en 1988 et consacrée le . Penny Jamieson est la première évêque anglicane diocésaine pour le diocèse de Dunedin le [57].

Paramentique

De façon courante à la ville, ils portent souvent une chemise violette, ce qui n'est jamais le cas des évêques catholiques.

Les vêtements à l'autel sont semblables à ceux des évêques catholiques. Au chœur, pourtant, les évêques anglicans portent des vêtements très particuliers :

Églises protestantes

Théologie et discipline

Dans le protestantisme (au sens strict, Irvingiens exceptés), seules certaines Églises luthériennes, méthodistes et quelques rares Églises réformées connaissent un ministère épiscopal personnel, qui est une fonction de l'Église et non un ordre sacramentel[58]. Les luthériens français désignent cette fonction par le terme d'inspecteur ecclésiastique. À noter que dans les pays scandinaves et dans une partie de l'Allemagne, la succession apostolique historique a été conservée puisque les diocèses catholiques sont devenus luthériens en bloc lors de la Réforme. Dans l'Église luthérienne, on garde le souvenir de cette étymologie en nommant les évêques des inspecteurs ecclésiastiques.

Ces fonctions sont électives, c'est-à-dire démocratiques ; le suffrage des fidèles s'exerçant soit directement au premier degré, soit au second degré. Dans la plupart des confessions protestantes acceptant le ministère épiscopal, la continuité apostolique est généralement entendue comme signifiant la fidélité à l'enseignement apostolique - une succession spirituelle donc, et non historique.

Dans les autres Églises protestantes, au niveau de l'Église locale, le ministère épiscopal est celui des pasteurs (traditionnellement élus), et collégialement des anciens. Le consistoire, ou conseil presbytéral est élu par l'assemblée générale qui élit aussi, dans le système presbytéro-synodal, un certain nombre de délégués au synode. Au niveau d'une union nationale, le ministère d'unité est assuré par les synodes et conseils élus par eux, avec parfois une forte concentration sur la personne de leur président. À défaut, il l'est par la collégialité des pasteurs.

Ministère féminin

Les églises protestantes connaissent un épiscopat féminin, comme elles connaissent les ministères pastoraux féminins.

En 1918, Alma Bridwell White fut consacrée évêque méthodiste par William Baxter Godbey, et fut donc la première femme évêque aux États-Unis.

Christianisme évangélique

Dans le christianisme évangélique, le ministère d’évêque avec des fonctions de surveillance sur un groupe de pasteurs est présent dans certaines dénominations chrétiennes évangéliques [59].

Notes et références


  1. (en) Karla Pollmann (éd.) et Meredith Jane Gill (éd.), Augustine Beyond the Book : Intermediality, Transmediality and Reception, BRILL, (ISBN 978-90-04-22213-7), p. 17-22
  2. Étymologie du mot évêque sur le site de CNRTL (lire en ligne) [1]
  3. a et b Mimouni et Maraval 2007, p. 412.
  4. voir notamment Alexandre Faivre, Naissance d'une hiérarchie : Les premières étapes du cursus clérical, Beauchesne, , (en) Richard Patrick Crosland Hanson, « Office and Concept of Office in the Early Church », dans R.P.C. Hanson, Studies in Christian Antiquity, Edinbourgh, T. & T. Clark, (ISBN 978-0567093639), p. 117–143, (en) Charles A. Bobertz, « The Development of Episcopal Order », dans H. W. Attridge and G. Hata (éds.), Eusebius, Christianity and Judaism, Leiden, Brill, (ISBN 978-90-04-09688-2), p. 183–211, (en) Laura Salah Nasrallah, An Ecstasy of Folly : Prophecy and Authority in Early Christianity, Harvard University Press, (ISBN 978-0-674-01228-8), (en) Karen Jo Torjesen, « Clergy and Laity », dans S. A. Harvey and D. G. Hunter (éds.), The Oxford Handbook of Early Christian Studies, Oxford, Oxford University Press, coll. « Christian Studies », (ISBN 9780199271566), p. 389–405 cités par (en) David M. Gwynn, « Episcopal Leadership », dans Scott Fitzgerald Johnson (éd.), The Oxford Handbook of Late Antiquity, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-027753-6), p. 877
  5. Baslez 2016, p. 10.
  6. Mimouni et Maraval 2007, p. 413.
  7. a b et c Gwynn 2015, p. 880.
  8. Baslez 2016, p. 19.
  9. a b c et d Cattaneo 2017, p. 35.
  10. 1Tim 3. 2 , Tt 1. 7
  11. Ac 20. 28 , Ph 1. 2
  12. 1 P 2. 25
  13. a et b Mattéi 2008, p. 233-234.
  14. La typologie qui assigne depuis les travaux de Harnack aux ministres « charismatiques » une nature itinérante est depuis nuancée et l'on considère par exemple qu'il y avait des « prophètes » fixés dans des communautés ; pour approfondir, cf. Brian J. Capper, « Apôtres, Maîtres de maison et domestiques », Études théologiques et religieuses, vol. 81, no 3,‎ , p. 407-411 (ISSN 0014-2239 )
  15. Baslez 2016, p. 77.
  16. Baslez 2016, p. 9.
  17. a et b Cattaneo 2017, p. 81.
  18. a b et c Cattaneo 2017, p. 82.
  19. a et b Gwynn 2015, p. 878.
  20. Norelli 2015, p. 188.
  21. On rencontre encore des « prophètes » et des « prophétesses » ainsi que des « docteurs » jusqu'au IIIe siècle, qui ont cependant définitivement perdu leur fonction itinérante ; cf.  Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », (ISBN 978-2-13-052877-7), p. 416
  22. Gwynn 2015, p. 879.
  23. Norelli 2015, p. 173.
  24. Mimouni et Maraval 2007, p. 414.
  25. Cette datation haute est remise en question par plusieurs chercheurs dont récemment Timothy Barnes qui date les écrits d'Ignace des années 140 ; cf. (en) Timothy D. Barnes, « The Date of Ignatius », The Expository Times, vol. 120, no 3,‎ , p. 119–130 (ISSN 0014-5246 , lire en ligne , consulté le 29 mars 2021)
  26. Norelli 2015, p. 189.
  27. Pour Ignace, comme il y a un seul Dieu, il y a un seul évêque, image du Père auquel il convient de se référer et se soumettre ; les presbytres correspondent eux aux apôtres et les diacres effectuent le service du Christ ; cf. Claudio Moreschini et Enrico Norelli (trad. Madeleine Rousset), Histoire de la littérature ancienne grecque et latine, Genève, Labor et Fides, (ISBN 978-2-8309-0942-5), p. 140
  28. Claudio Moreschini et Enrico Norelli (trad. Madeleine Rousset), Histoire de la littérature ancienne grecque et latine, Genève, Labor et Fides, (ISBN 978-2-8309-0942-5), p. 140
  29. a et b Cattaneo 2017, p. 87.
  30. a et b Cattaneo 2017, p. 85.
  31. a et b Cattaneo 2017, p. 86.
  32. Norelli 2015, p. 177.
  33. Mimouni et Maraval 2007, p. 416.
  34. a et b Mimouni et Maraval 2007, p. 416-417.
  35. Cattaneo 2017, p. 84.
  36. Cattaneo 2017, p. 83.
  37. a et b Mimouni et Maraval 2007, p. 418.
  38. a b c d e et f Mimouni et Maraval 2007, p. 419.
  39. Joye 2019, p. 106.
  40. a et b Maraval 2006, p. 168.
  41. Cattaneo 2017, p. 134.
  42. a et b Cattaneo 2017, p. 88.
  43. Cattaneo 2017, p. 89.
  44. Philippe Levillain, « Pape », dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la Papauté, Fayard, (ISBN 9782213025377), p. 1244
  45. a b c d et e Régis Burnet, « La notion d’apostolicité dans les premiers siècles », Recherches de Science Religieuse, vol. 103, no 2,‎ , p. 201
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