André Suarès



André Suarès
André Suarès en 1898 au cours d'un de ses voyages en Italie.
Nom de naissance Isaac Félix Suarès
Naissance
Marseille
Décès (à 80 ans)
Saint-Maur-des-Fossés
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement La Nouvelle Revue française
  • Voyage du Condottière (1910-1932)
  • Vues sur l'Europe (1936)
  • Le Paraclet (posthume)

Isaac Félix Suarès dit André Suarès, né à Marseille le et mort à Saint-Maur-des-Fossés le , est un poète et écrivain français. Il est inhumé le dans la commune des Baux-de-Provence.

Il obtient en 1935, pour l'ensemble de son œuvre, le Grand prix de littérature de l'Académie française.

Gabriel Bounoure l'a décrit comme « le grand témoin de la grande crise de sa génération, quand on ne pouvait même pas croire à la vie, sauf sous cette forme sublime qu'on appelle art[1] ».

Sommaire

Biographie


Né à Marseille, l'écrivain a pour père Alfred Jacob Abraham Suarès, un négociant juif de Gênes, et pour mère, Aimée Cohen, issue de la bourgeoisie israélite du Comtat Venaissin. Il perd sa mère à 7 ans avant de voir son père sombrer dans une longue agonie. Scolarisé au lycée Thiers de Marseille,[2] il engrange les prix d'excellence et obtient le premier prix du Concours général de français ; il est alors remarqué par Anatole France, qui lui consacre une chronique dans le quotidien Le Temps.

Reçu troisième à l'École normale supérieure, il devient, rue d'Ulm, le compagnon de thurne de Romain Rolland. Il échoue trois ans plus tard à l'agrégation d'histoire. Ruiné, sans ressources après la mort de son père, il vit en reclus à Marseille jusqu'en 1895. Il surmonte ce naufrage grâce à la sollicitude de son frère Jean, officier de marine, qui meurt accidentellement en 1903, de sa sœur Esther, de ses oncles maternels, les Cohen, et de Maurice Pottecher, fondateur du théâtre du Peuple. Il entre alors dans une intense période de création et ne cesse de publier, en tout genre, parfois grâce à l'appui de mécènes fidèles, dont la comtesse Thérèse Murat, l'industriel Édouard Latil et le patron de La Samaritaine, Gabriel Cognacq.

Le Voyage du Condottière


De juin à , André Suarès fait à pied son premier voyage en Italie. Il y retournera de septembre à , de mai à , en 1913, et enfin en 1928. De ces voyages, il retirera la matière de son œuvre majeure Le Voyage du condottière, publié en plusieurs fois : la première en 1910 (Vers Venise, Ed. Cornély) ; les deux volumes suivant paraîtront en 1932 ( II. Fiorenza ; III. Sienne la bien-aimée). La première édition complète du Voyage du Condottière sera publiée chez Émile-Paul, éditeur des deux derniers volumes, en 1950 [3].

L'ouvrage contient entre autres, les descriptions de Venise, de Florence, de Sienne, mais aussi de Gênes, Crémone ou de Sansepolcro, et de nombreux artistes tels Giotto, Dante, Piero della Francesca, Fra Angelico, Léonard de Vinci, Luca Signorelli, Botticelli, Michel-Ange, Véronèse, Monteverdi ou Titien.

Jean d'Ormesson a dit de ce livre, dans son recueil de chroniques Odeur du temps[source insuffisante] : « Pour le voyageur qui veut connaître de l'Italie, de son art, de son âme, autre chose que l'apparence la plus superficielle, le Voyage du Condottière sera un guide incomparable. De Bâle et Milan, à Venise à Florence, à Sienne, en passant par toutes les petites villes de l'Italie du Nord, pleines de chefs-d'œuvre, de souvenirs et de couleurs, Suarès nous entraîne avec un bonheur un peu rude où la profondeur se mêle au brillant et à la subtilité. De tous, des artistes comme des villes, il parle avec violence et parfois avec injustice, toujours sans fadeur et sans le moindre lieu commun. »

Un des animateurs de la NRF


Il est, à partir de 1912, l’un des quatre animateurs principaux de La Nouvelle Revue française, avec André Gide, Paul Valéry et Paul Claudel.

Il collabore à La Nouvelle Revue française à deux reprises : de 1912 à 1914, puis de 1926 à 1940. Jean Paulhan a été l'artisan de son retour au sein de la revue, d'où il avait été « banni » par Jacques Rivière, avec lequel il entretenait des rapports difficiles, même si celui-ci l'avait défini comme l'un des cinq plus grands écrivains du début du XXe siècle, au même rang qu'André Gide, Paul Claudel, Charles Péguy et Charles-Louis Philippe.

Dans son Journal, en décembre 1944, André Gide écrit : « Valéry, Claudel, Suarès et moi, tous quatre piliers de La Nouvelle Revue française ; tous quatre peu férus de “succès”, ayant en grande horreur battage et réclame et chacun soucieux de ne devoir qu'à sa propre valeur les lauriers. »

André Suarès et la Bretagne


Le premier voyage en Bretagne de Suarès date de 1886 ou 1887 lors d'une visite à son frère. Durant ce séjour, André Suarès demeure principalement dans le Finistère-Sud, il s'est très peu éloigné de Bénodet dont il a exploré les environs. Il visite la Bretagne sur terre et sur mer accompagné de Crozon. Il semblerait que Suarès n'ait pas eu assez d'argent pour visiter la région comme l'indiquera Marcel Dietschy « Il y est tranquille, y passe des jours heureux, dans la contemplation et la méditation, ne regrettant que de manquer d'argent pour visiter le pays.»[4]

De prétendues origines celtiques

André Suarès nourrissait le fantasme d'origines celtiques. Celui qui nia durant de longues années ses origines juives aurait préféré appartenir au peuple breton. Dans une lettre envoyée à Yves Le Febvre, il affirme « Dès lors, j'ai été breton. » Suarès ne se contente pas du sentiment d'attachement à la Bretagne, il cherche une ascendance bretonne qu'il aurait déclaré existante du côté de sa mère qui selon ses dires était « la fille d'une humble paysanne du Finistère et d'un marin breton »[5]. Plus, dans la lettre du , adressée à Yves Le Febvre, il écrit :

« Je vous dirai peut-être un jour ce qui fit mon orgueil et mon tourment. J'ai retrouvé mes origines bretonnes : elles m'ont été livrées par l'institutrice de ma mère. Mais il y a là une histoire douloureuse, un mystère de famille cruel et plein de deuil. Ma mère était fille naturelle. Souffrez pour l'instant que je n'en dise plus. Laissez donc ma naissance dans l'obscurité où elle a été tenue. C'est un voile qu'il ne faut pas tirer encore ; il cache peut-être bien des larmes et du sang. Faites seulement entendre, si vous le voulez bien, que je viens d'une part du pays de Cornouailles et qu'il y a derrière moi une longue suite de pauvres, pêcheurs et paysans, têtes folles autant que j'ai pu savoir, êtres plus simples que je suis et cœurs libres[6]. »

Isaac-Félix André Suarès naît en 1868. Longtemps on crut qu'il s'appelait André-Yves Scantrel, preuve que Suarès avait réussi à semer le doute sur ses origines à tel point que ses concitoyens finirent par le croire d'ascendance bretonne. Bernard Duchatelet le qualifie même de « vrai faux breton. »[7]

Le Livre de l'Émeraude

Publié en 1902, Le Livre de l'Émeraude demeure un chant, un hymne à la Bretagne.

« Le Livre de l'Émeraude n'était ni un recueil de nouvelles ni un récit de voyage. C'était une suite d'eaux-fortes, tracées sur le motif et ciselées par l'artiste. Suarès passait de l'âpreté tragique aux pastels des paysages mouillés. Il avait également composé des portraits d'hommes, de femmes, d'enfants, liés à la terre et à la mer, à la vie et à la mort[8]. » Pour écrire Le Livre de l'Émeraude, Suarès s'inspire de l'estampe japonaise, l'ukiyô-e — « image du monde flottant » —, nom d'une école picturale qui domine l'art de l'estampe à l'époque d'Edo (1603-1868). L'expression de « monde flottant », ukiyo, apparaît au Moyen Âge dans le vocabulaire bouddhique pour désigner le monde de douleur qu'est la vie humaine avec tout ce qu'elle a de transitoire et d'impersonnel.

Le parallèle entre l'écriture de Suarès et les estampes se confirme à la lecture du chapitre XLIX, qui est d'ailleurs intitulé « Estampe dans le goût du Japon » : l'écrivain accorde une grande importance non seulement aux couleurs mais aussi aux matières. Ce sont ces descriptions empreintes de sensibilité qui font du Livre de l'Émeraude un bijou de poésie[réf. nécessaire].

La période de l'entre-deux-guerres


Dans les années 1920, il devient, avant André Breton et Louis Aragon, le conseiller principal du grand couturier, collectionneur et mécène Jacques Doucet, qu’il assiste dans la confection de sa bibliothèque.

André Suarès fut l’initiateur de la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet. La rencontre de ce dernier avec Suarès en marque le début d’une correspondance régulière, par laquelle l’écrivain est chargé d’informer le « magicien » comme il se plaisait à l’appeler, et de le guider dans ses choix artistiques et littéraires. Cet échange épistolaire constitue une source de première importance, qui apporte un éclairage précieux sur les circonstances de la naissance et l’élaboration de la bibliothèque de 1916 à 1929. La place éminente qu’y a tenue André Suarès se mesure au nombre et à la qualité des ouvrages dédicacés, des manuscrits, et des lettres qui constituent le fonds de la collection de Jacques Doucet[9].

Esprit libre qui débat de philosophie, religion, science, politique, peinture - nourri de culture grecque, découvreur de talents et résolument tourné vers l'avenir -, il reçoit le grand prix de la Société des gens de lettres en 1935, puis obtient le grand prix de littérature de l'Académie française.

Pendant l'Occupation


En , quelques jours avant l'arrivée des Allemands, Suarès quitte Paris pour Bonnat, dans la Creuse, aidé par Mme Audoux-Desmaisons, la directrice du Cours Maintenon. Il y reste plus d'un an. Ses œuvres sont placées sur la « liste Otto ». Il se réfugie ensuite à Antibes, où un couple de résistants, les Girard, l'aident à vivre. Se sachant recherché, il trouve refuge chez son ami, le poète Pierre de Massot, à Pontcharra-sur-Turdine près de Lyon[10].

Perspectives

Poète en tous écrits, prophète par vocation, André Suarès n'a cessé de chercher la réalisation intérieure. Écartelé entre le désir d'accomplir son moi et le souci d'intervenir dans les affaires du monde, il a mené une quête fervente de la grandeur. Condottière de la beauté, il a aimé l'Europe dans la diversité de ses génies. Son écriture, brûlant d'un feu souterrain, manifeste une exubérance maîtrisée. Dans ses derniers livres, il pratique une esthétique du discontinu d'une étonnante modernité.

Quatre-vingts livres édités de son vivant et une trentaine d’œuvres posthumes - son œuvre est une énorme nébuleuse d’où émergent plusieurs cycles.

On trouve des recueils de poèmes : Airs, Bouclier du Zodiaque, Rêves de l'ombre, etc.

On trouve également des biographies ou des études consacrées à Tolstoï, Dostoievski, Villon, Ibsen, Pascal, Molière, Mallarmé, Péguy, Stendhal, Baudelaire, Rimbaud, Cervantès, Shakespeare, Goethe ou Napoléon.

À quoi s'ajoutent des récits de voyages, tels Voyage du Condottière et des portraits de villes, tels Marsiho ou Cité, nef de Paris, mais encore des études sur les grands musiciens, tels Bach, Beethoven, Wagner ou Debussy, ou des tragédies inspirées de l’antique, La Tragédie d'Elektre ou Hélène chez Archimède.

Enfin, Suarès a écrit des pensées et des aphorismes comme Voici l'Homme, Sur la vie, Remarques, Variables, Valeurs et des pamphlets où il prend la défense du capitaine Alfred Dreyfus, combat l’impérialisme prussien et dénonce, dès 1933, les dangers mortels du nazisme et du fascisme dans Vues sur l'Europe.

À sa mort, André Suarès laisse 20 000 pages inédites et un manuscrit inachevé dans lequel se dessine l’unité de son œuvre, Le Paraclet.

Influence et postérité


Pourfendeur de toutes les dictatures, visionnaire, insurgé, André Suarès est l'un des écrivains les plus secrets de la littérature française.[réf. nécessaire] Henri Bergson, Charles Péguy, Jacques Copeau, Marcel Jouhandeau, Stefan Zweig ou Miguel de Unamuno le considéraient comme un de leurs pairs.

Il eut également des liens profonds avec certains des artistes majeurs de son temps comme Antoine Bourdelle, Georges Rouault, Gabriel Fauré, Henri Matisse, Paul Dukas, Louis Jouvet, Erik Satie, Louis Jou et Pablo Picasso, qui illustra un de ses livres. Pierre Benoit lui a dédié son roman L’Atlantide.

Paul Léautaud, pour sa part, rapporte dans son Journal une conversation avec Paul Valéry : « Comme nous parlions de la Nouvelle Revue française, qu'il me demandait ce qui m'est arrivé, et que je lui disais que j'ai vu se lever contre moi récemment tous les Juifs de la maison, il a eu ce mot : « Vous avez un voisin !... Suarès !... » avec l'expression d'un mépris ! » (). Suarès a lui-même écrit en toute clarté ce qu'il pensait de Valéry dans une lettre à Gabriel Bounoure, le critique responsable de la poésie, dès le  : «  On ne peut mettre plus de talent à exprimer d'une façon non commune les idées de l'homme commun, ni plus de faux génie à sentir comme tout le monde, sans mystère, sans aucune profondeur, sans musique. »

Suarès eut enfin un ascendant reconnu sur des écrivains plus jeunes comme Alain-Fournier, André Malraux, Henry de Montherlant, Maurice Blanchot, Gabriel Bounoure, Jean de Bosschère, Gilbert Lely, Louis-René des Forêts, Yves Bonnefoy, René Girard, voire Richard Millet ou encore Eric Zemmour, Yann Moix ou Marc-Edouard Nabe[réf. nécessaire]. Le comédien Philippe Caubère lui a rendu hommage avec plusieurs spectacles.

La réalisatrice Françoise Gallo lui a consacré un portrait filmé présenté et projeté lors d'hommages et d'expositions, notamment à Marseille (Marseille 2013)

La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet lui a consacré une exposition virtuelle, Suarès ou le complexe d’ « Hélène chez Archimède »[11] composée de deux parties : Avoir raison avec…André Suarès ? h ttp://bljd.sorbonne.fr/discover/focus/10#/home et Habent Sua(s)Res Libelli http://bljd.sorbonne.fr/discover/focus/11#/home

Œuvres


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Notes et références


  1. Gabriel Bounoure, Marelles sur le parvis, Plon, 1958.
  2. « Deux interprètes pour Marsiho/ Suarès : Louis Jou et Philippe Caubère »
  3. Yves-Alain Favre, « Précisions sur l'historique du Voyage du Condottière », postface à l'édition du Livre de poche, 1984, p. 565-568.
  4. Dietschy, Marcel, Le Cas André Suarès, Neuchâtel, La Baconnière, 1957, p. 59. Cité par Bernard Duchatelet dans « André Suarès, la Bretagne et Le Livre de l'Émeraude. Extraits de la correspondance avec Romain Rolland. »
  5. Cité par Bernard Duchatelet dans Le Livre de l'Émeraude, Christian Pirot, 1991, p. 9.
  6. Cité par Élisabeth-Yves Le Febvre dans André Suarès en Bretagne.
  7. « Suarès et la Bretagne » in Études sur la Bretagne et les Pays Celtiques, KREIZ2, Brest : Université de Bretagne, 1993, p. 45-79.
  8. Robert Parienté, André Suarès l'insurgé, Robert Laffont, 1991, p. 130.
  9. Collection de Jacques Doucet , sur sorbonne.fr.
  10. Robert Parienté, André Suarès et la tentation méditerranéenne (en ligne ).
  11. Suarès ou le complexe d’ « Hélène chez Archimède », conception scientifique et technique Sophie Lesiewicz

Annexes


Bibliographie

Liens externes








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