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Biais cognitif




Un biais cognitif est une distorsion dans le traitement cognitif d'une information. Le terme biais fait référence à une déviation systématique de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité. Les biais cognitifs conduisent le sujet à accorder des importances différentes à des faits de même nature et peuvent être repérés lorsque des paradoxes ou des erreurs apparaissent dans un raisonnement ou un jugement.

L'étude des biais cognitifs fait l'objet de nombreux travaux en psychologie cognitive, en psychologie sociale et plus généralement dans les sciences cognitives.

Ces travaux ont identifié de nombreux biais cognitifs propres à l'esprit humain[1] à travers de multiples domaines : perception, statistiques, logique, causalité, relations sociales, etc. Du point de vue de leurs domaines, on peut distinguer entre autres des erreurs de perception, d'évaluation, d'interprétation logique. Ces biais cognitifs ne sont généralement pas conscients. Leur caractérisation est importante aussi bien dans les domaines judiciaire que scientifique puisqu'ils sont néfastes dans un processus logique. La publicité exploite souvent des biais cognitifs pour faire passer ses messages (raisonnement fallacieux, oubli de la fréquence de base).

Certains de ces biais peuvent en fait être efficaces dans un milieu naturel tel que ceux qui ont hébergé l'évolution humaine, permettant une évaluation ou une action plus performante ; tandis qu'ils se révèlent inadaptés à un milieu artificiel moderne.

Sommaire

Définition


Selon Jean-François Le Ny, psychologue spécialisé dans la cognition : « Un biais est une distorsion (déviation systématique par rapport à une norme) que subit une information en entrant dans le système cognitif ou en sortant. Dans le premier cas, le sujet opère une sélection des informations, dans le second, il réalise une sélection des réponses »[2].

Historique et débats


Le terme de biais cognitif a été introduit au début des années 1970 par les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky pour expliquer certaines tendances vers des décisions irrationnelles dans le domaine économique[1].

De nombreux chercheurs ont contribué sur le sujet, avec des avis contradictoires, suscitant débats et polémiques[3].

La rationalité limitée de l'individu est évoquée du fait des limitations inhérentes au système cognitif dans le traitement des informations, qui conduit à des biais inévitables. Certains y voient un échec de la rationalité humaine, tandis que pour d'autres, tels que Jonathan St. B. T. Evans, l'existence de ces biais est « en raison plutôt qu’en dépit de la nature de notre intelligence ». Gerd Gigerenzer, « virulent contradicteur » de Kahneman et Tversky, développe une vision « optimiste » de la question, mettant en évidence les situations courantes qui nécessitent, à propos, des heuristiques de jugement[3].

Selon Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives[4], les biais cognitifs peuvent être utilisés pour se donner des repères dans la société et justifier nos prises de décisions ; les heuristiques permettent la survie face à un danger imminent[5]. De fait, dès leurs premières recherches dans les années 1970, Kahneman et Tversky ont proposé une vision nuancée des heuristiques qui bien que menant à des biais, peuvent parfois conduire à des jugements raisonnables[3].

Liste de biais cognitifs


Biais sensori-moteurs

S'agissant des processus sensori-moteurs, on parle par habitude plutôt d'illusions que de biais.

Biais attentionnels

Biais mnésique

Biais de jugement

Biais de raisonnement

Biais liés à la personnalité

Et aussi

Aspects psychiques et sociaux


À noter, au-delà du cognitif, lié à l'intellect, l'interférence inconsciente ou consciente de facteurs émotionnels (biais émotionnel) ou instinctifs. En fait, certains biais cognitifs résultent de biais émotionnels qui perturbent le processus cognitif. Toute prise de décision mettant en jeu, pour prendre une image, la tête, le cœur et/ou les tripes, est naturellement plus exposée à certains biais. Il s'avère donc utile de reconnaître les affects agissants en surveillant ces trois « organes » avant de décider.

L'individu n'étant pas isolé dans ses décisions, la psychologie sociale (phénomènes de groupe et de foule) apporte aussi un éclairage. Le biais cognitif est, selon les cas, exclusivement dû à l'individu, ou lié à la pression sociale sur cet individu. Certaines techniques de persuasion, propagande et manipulation mentale cherchent à exploiter ce travers.

Recherche en économie et finance


Les divers types de biais cognitifs (ancrage, représentativité, cadrage…) ont particulièrement été mis en lumière par la finance comportementale comme étant source de diverses anomalies affectant les comportements économiques et l'efficience des marchés.

C'est du fait de ces travaux que le psychologue Daniel Kahneman a obtenu le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 2002.

Enseignement


Les neurosciences étudient l'importance des biais dans l’enseignement qui sont à l'origine de nombreuses réponses considérées comme étant des erreurs par les enseignants, alors même que l'élève concerné a acquis la compétence impliquée dans l'exercice (voir, par exemple, les travaux d'Olivier Houdé[17]). Il est cependant à noter que l'enseignant lui aussi est exposé aux biais, dans son rapport aux élèves et au moment de sa correction[18].

Méthodes scientifiques de réduction des biais


Les institutions scientifiques organisent des relectures par les pairs, des conférences de consensus, des revues systématiques d'études (basées sur les techniques de méta-analyse) et des cartographies systématiques des connaissances pour les mettre périodiquement à jour, en cherchant à détecter et minimiser les biais afin d'apporter des informations complètes et objectivées aux scientifiques, mais aussi aux décideurs et parfois aux négociateurs (par exemple pour le GIEC ou les négociations internationales portant sur la biodiversité, deux sujets de préoccupation mondiale suivis par l'ONU. En Europe, certains organismes ont une accréditation pour produire des formations à ces méthodes (c'est par exemple le cas en France de la FRB qui a été désignée Centre français de la Collaboration for Environmental Evidence[19],[20]).

Notes et références


  1. a et b Kahneman 2012, p. 135 à 238
  2. « Biais », Grand Dictionnaire de la Psychologie, Larousse, 1991.
  3. a b et c Pascal Wagner-Egger, « Les canons de la rationalité : essai de classification des points de vue dans le débat sur les biais cognitifs et la rationalité humaine », L’Année psychologique, vol. 111, no 01,‎ , p. 191 (ISSN 0003-5033 et 1955-2580 , DOI 10.4074/s0003503311001072 , lire en ligne , consulté le 11 septembre 2019)
  4. « Fake news et neurosciences - Albert Moukheiber : "Notre cerveau est attiré par les explications" » , sur www.franceinter.fr (consulté le 11 septembre 2019)
  5. A la découverte de notre cerveau | Albert Moukheiber | TEDxLaRochelle
  6. Scheier MF & Carver CS (1985) Optimism, coping, and health: assessment and implications of generalized outcome expectancies . Health Psychology (journal) (en), 4(3), 219.
  7. Weinstein, N. D. (1980). Unrealistic optimism about future life events. Journal of Personality and Social Psychology, 39, 806-820.
  8. Sultan S & Bureau B (1999) Quel optimisme en psychologie de la santé ?. European review of applied psychology, 49(1), 43-51.
  9. Harris P & Middleton W (1994) The illusion of control and optimism about health : On being less at risk but no more in control than others. British Journal of Social Psychology, 33, 369-386.
  10. Dejoy DM (1989) The optimism bias and traffic accident risk perception ; Accident Analysis and Prevention, 21, 333-340 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/0001457589900249 résumé]).
  11. Delhomm, P & Meyer T (1999) Un instrument d’analyse : l'optimisme comparatif. Risques, 39, 1-6.
  12. a et b Weinstein ND (1980) Unrealistic optimism about future life events. Journal of Personality and Social Psychology, 39, 806-820.
  13. Delhomme, P. (1991). Comparing one’s driving with others’ : Assessment of abilities and frequency of offences. Evidence for a superior conformity of self-bias ? Accident Analysis and Prevention, 23, 493-508.
  14. Delhomme, P. (1994). Liens entre surestimation de ses propres capacités, expérience de la conduite et activité de conduite (Rapport no 187). Arcueil : Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité.
  15. Delhomme P (2000) Optimisme comparatif chez les usagers de la route : Une protection contre le risque ? Pratiques psychologiques, 1, 99-109.
  16. McCormick IA, Walkey FH & Green DE (1986). Comparative perceptions of driver ability : A confirmation and expansion. Accident Analysis and Prevention, 18, 205-208.
  17. « Des sciences cognitives à la classe : Entretien avec Olivier Houdé » , sur www.cafepedagogique.net (consulté le 7 juillet 2019)
  18. https://fairecours.com/2019/07/01/lerreur-vue-pas-les-enseignants-biais-et-statut-e-lerreur/
  19. www.environmentalevidence.org
  20. La FRB centre français de la Collaboration for Environmental Evidence

Voir aussi


Articles connexes

Bibliographie

Les références suivantes couvrent certains biais cognitifs.

Liens externes




Catégories: Biais cognitif | Concept de psychologie | Pédagogie



Source: Wikipedia - https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais cognitif (Auteurs [Histoire])    Licence: CC-by-sa-3.0


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