Fernand Pouillon


Fernand Pouillon

La cité Diar el Mahçoul, à Alger,
conçue par Fernand Pouillon.
Présentation
Naissance
Cancon, Lot-et-Garonne
Décès (à 74 ans)
Belcastel, Aveyron
Nationalité française
Activités architecte, écrivain, éditeur
Formation École supérieure des beaux-arts de Marseille
Œuvre
Agence à Marseille, Alger, Paris, Téhéran
Distinctions officier de la Légion d'honneur
Publications

Fernand Pouillon, né le à Cancon (Lot-et-Garonne) et mort au château de Belcastel (Aveyron) le , est un architecte et urbaniste français.

Admirateur d'Auguste Perret, il fut l'un des grands bâtisseurs des années de reconstruction après la Seconde Guerre mondiale en France. Il a réalisé de nombreux équipements et bâtiments publics à Marseille, Aix-en-Provence, en région parisienne, en Algérie ainsi qu'en Iran. Ses réalisations se caractérisent par une insertion dans le site, un équilibre des masses né de proportions harmoniques rigoureuses, des matériaux nobles – y compris dans le logement social – et la collaboration d'artistes sculpteurs, céramistes, paysagistes.

Sommaire

Biographie


Les premières années

Fils d'Alexis Pouillon ingénieur des travaux publics diplômé de l'École du Génie civil et des Mines de Louvain et entrepreneur, cousin de Louis Pouillon (1906-apr. 1967) architecte à Marseille, Fernand Pouillon quitte l'école à 14 ans, s'inscrit à l'École régionale des Beaux-arts de Marseille à l'âge de 15 ans pour ne suivre la première année que les cours de dessin, sculpture et architecture. Il monte ensuite à Paris, s'inscrit au parti communiste dans la clandestinité (il y reste jusqu'en 1946) construit son premier immeuble à vingt-deux ans en 1934 à Aix-en-Provence, sans être diplômé d’architecture puisque jusqu’au gouvernement de Vichy, le diplôme d’architecte n’est pas obligatoire pour construire. Pendant cette première expérience, Fernand Pouillon s’investit beaucoup dans les travaux et dans la commercialisation des appartements. Presque chaque année, il renouvelle cette expérience jusqu’en 1938 et c’est seulement pendant les années de temps relativement libres de la guerre qu’il achève son diplôme d’architecte en 1942.

Cette pratique du métier à un jeune âge explique largement que Fernand Pouillon se soit senti différent de ses confrères. Aguerri bien plus jeune aux réalités du métier, rodé aux problèmes du monde de l’entreprise, il est toujours en décalage avec ceux de sa profession (lui se définit comme un homme de métier). Il y est d’autant plus que, conscient de ses capacités, il a l’ambition d’apporter sa contribution pour résoudre l’immense problème du logement. Très vite, sa vie intime devient indissociable de son métier.

La reconstruction d'après guerre

À la sortie de la guerre, la reconstruction donne beaucoup de travail aux architectes — il construit des camps de prisonniers et des cités d'urgence — mais, à Marseille, les « opérations » ne « sortent pas » en raison du coût trop élevé des travaux. Pour l’ensemble de La Tourette qui jouxte le quartier du Panier à Marseille, il entreprend alors, avec les entrepreneurs et les ingénieurs, un travail de synthèse entre la conception du projet, son ingénierie et son coût des travaux. En effet, pour cette opération, il met au point nombre de procédés économiques dont celui de la pierre banchée[1]. Il parvient à obtenir ainsi des coûts suffisamment bas pour que les travaux puissent démarrer. Ce tour de force permet à l’ensemble des travaux du Vieux-Port de démarrer enfin en 1949[2].

Dans ces années d’après-guerre où l'effort public porte d'abord sur la reconstruction et le développement de l'appareil de production du pays, Fernand Pouillon entreprend en 1951 un pari ambitieux à Aix-en-Provence : 200 logements à construire en 200 jours pour un budget de 200 millions de francs. Utilisant la pierre et des plans économiques mais de qualité, Pouillon gagne son pari.

L'international

L’opération de La Tourette donne à Fernand Pouillon d’autres commandes qui, l’une après l’autre, le mènent toujours plus loin : en Algérie puis en Iran. Dans le même temps le ressentiment de ses confrères à son égard ne cesse de grandir jusqu’à devenir « haï par ses confrères », notamment ceux du Conseil national de l'ordre des architectes[3]. Presque tout les sépare, même les matériaux. Aux qualités du béton, Fernand Pouillon oppose, à un prix très inférieur, les qualités de la pierre[4], de l’acier, du verre, de la céramique, du bois, de la végétation et même de l’eau qu’il fait couler dans nombre de bassins et de fontaines sculptées par des artistes comme Jean Amado ou Louis Arnaud. Précurseur du développement durable dans la mesure où il fait toujours appel à l'artisanat local, il se sert de matériaux durables (comme les parois des murs de l'hôtel El Mountazah à Seraïdi remplis de terre prise sur le site). Aux formes modernes il oppose l’attention à la qualité de vie, à la culture et aux coutumes des habitants, à l’insertion dans le paysage urbain ou naturel, aux justes rapports des proportions et au beau vieillissement de ces constructions.

En 1953, il renouvelle la performance des 200 logements d'Aix-en-Provence en réalisant à Alger les ensembles de Diar-es-Saada 800 logements et Diar-el-Mahçoul (sur des terrains acquis à la famille El-Mansali) 1 800 logements réalisés en 365 jours dans un parfait respect du style architectural local et surtout de la notion d'espace urbain. À Alger suivra l’ensemble de Climat de France situé au-dessus de Bab-el-Oued[4]. En Algérie, il réalise ses travaux avec son successeur Jean-Jacques Deluz[5].

Le marché parisien

Au milieu des années 1950, Fernand Pouillon décide de s’insérer dans le marché parisien. Fort de ses compétences, habitué à s’investir totalement dans l’acte de construire et à réussir, il investit aussi dans les métiers de promoteur et d’entrepreneur (il est actionnaire au moyen de prête-noms d'un ensemble de SCI, sociétés périphériques du CNL, Comptoir national du Logement dont il est l'architecte en chef et dont il confie la présidence à l'ancien préfet de la Seine, Paul Haag). Or un architecte n'a le droit d'être ni promoteur, ni entrepreneur, ou être lié à une activité commerciale en rapport avec le bâtiment. Il faut depuis 1940 non seulement un diplôme pour concevoir un projet d’architecture, mais le concepteur ne peut plus financer et participer à sa construction (ce n’est de nos jours plus interdit). Or il a commencé sa carrière de bâtisseur avant cette époque[6]. Fernand Pouillon qui construit le moins cher possible les meilleurs ouvrages possibles (une façade du Point du Jour à Boulogne-Billancourt était recouverte de feuilles d'or), a besoin de maîtriser l'ensemble de la chaîne de « production » de ses réalisations. Il réalise ainsi quelques-uns des plus importants grands ensembles en périphérie de Paris, ensembles dans lesquels il démontre que le problème des grands ensembles ne sont pas les tours et les barres puisque ces réalisations sont justement réalisées avec des tours et des barres : Pantin, Montrouge, Meudon-la-Forêt, le Point-du-Jour à Boulogne-Billancourt.

Le procès

Des malversations financières de ses partenaires indélicats du CNL (notamment des détournements de fonds et des fausses factures en faveur de l'Union pour la nouvelle République) et des difficultés de vente de la résidence Salmson-Le Point du Jour aboutit à l'affaire du Point du Jour[7]. Le 5 mars 1961, Fernand Pouillon et quatre de ses collaborateurs sont arrêtés et écroués, accusés de faux bilan, détournement de fonds et abus de biens sociaux. Hospitalisé à la suite de problèmes de santé (on le croit tuberculeux alors qu'il s'agit d'une amibiase contractée en Iran), il s'évade de sa clinique en septembre 1962 et reste en cavale pendant plusieurs mois (Suisse, Italie), aidé, grâce à ses sympathies avec le FLN durant la guerre d'Algérie, par le réseau Jeanson. Réapparu à l'occasion de son procès où il comparait en civière, il est condamné en 1963 à quatre années de prison dont il est libéré en 1964 pour raisons de santé[8]

Les dernières années

Radié à vie par l’ordre des architectes, il ne peut plus construire en France et est donc contraint à l'exil pour continuer sa carrière. Fernand Pouillon rejoint en 1966 l’Algérie où il exerce sa profession jusqu’en 1984. Il y réalise essentiellement des projets hôteliers et touristiques ainsi que des équipements publics et universitaire[9],[10],[11].

Amnistié en par le président de la République Georges Pompidou, réintégré à l'ordre des architectes français en 1978, Fernand Pouillon regagne la France en 1984. En 1985, le président François Mitterrand le promeut officier de la Légion d'honneur[4].

Il meurt le dans le château de Belcastel (Aveyron) qu'il avait, dès 1974, largement contribué à restaurer, ainsi qu'une partie du village[12].

Œuvre


Fernand Pouillon écrivain

On lui doit deux ouvrages principaux[11] :

« Les calculs sont une preuve, ils ne seront jamais un moyen. Le premier bâtisseur savait-il compter ? Non. En revanche, il avait un but, une intention, celle de s’abriter. Dans l’écroulement du premier édifice, il y eut le premier échec et sans doute la première inquiétude, le premier calcul. Sanctifier le calcul reviendrait à reconnaître l’échec comme œuvre originale. »

— Mémoires

Fernand Pouillon éditeur

En 1974, Fernand Pouillon crée sa maison d’édition, Le Jardin de Flore, sise au 24 place des Vosges à Paris. Il s’entoure des meilleurs spécialistes et des meilleurs artisans d’art : Daniel Jacomet, Mérat, Richard de Bas, Barcham Green, Liliane Brion-Guerryetc. et réimprime à 200 ou 250 exemplaires les plus belles éditions de livres d’art et d’architecture du XVe au XXe siècle.

Faisant œuvre de mécène, Pouillon ne les vendra jamais le prix qu’ils lui ont coûté. Trente-trois livres, deux globes terrestres et célestes de Coronelli et un globe terrestre « François Mitterrand[13] » sortiront de ces ateliers.

Principales réalisations

Classement et labellisations

Expositions


Postérité


Association L'héritage de Fernand Pouillon

Le château de Belcastel en Aveyron et AFA Gallery à New York ont souhaité honorer la mémoire de l'architecte, en faisant connaître son œuvre, à travers des projets et des expositions qui célèbrent son esprit créatif.

C’est dans le cadre d’une association loi 1901 « Fernand Pouillon – l’héritage », que cette démarche s’inscrit, le 30 mars 2017, pour lui donner toute sa légitimité. Jonathan Kugel, le petit-fils de l’architecte, en est le président d’honneur[41]

Reconnaissances, hommages, publications

Notes et références


  1. Yvan Delemontey, Reconstruire la France. L’aventure du béton assemblé 1940-1955, Éditions de la Villette, , 301-302 p..
  2. Jean-Lucien Bonillo, La reconstruction à Marseille 1940-1960, Imbernon, .
  3. J.-J. Deluz, Alger, chronique urbaine, Bouchène, (lire en ligne ), p. 41.
  4. a b et c Isabelle Regnier, « Fernand Pouillon et l’Algérie, une histoire gravée dans la pierre », Le Monde,‎ (lire en ligne ).
  5. « Hommage – Jean-Jacques Deluz Archives d'architecte » (consulté le 28 mars 2020).
  6. Jacques Derogy et Jean-Marie Pontaut, Investigation, Passion, Fayard, .
  7. François Reynaert, « Du général de Gaulle à François Fillon : les casseroles de la Ve République », L'Obs,‎ (lire en ligne ).
  8. « L'architecte Fernand Pouillon est de nouveau incarcéré », Le Monde,‎ (lire en ligne ).
  9. Luc Le Chatelier, « Sur les traces de Fernand Pouillon, architecte : La Parenthèse de Tipaza », Télérama, no 3105,‎ , p. 28-30.
  10. Bernard Marrey, Fernand Pouillon, l’homme à abattre, Éditions du Linteau, .
  11. a et b Gérard Monnier, « Fernand Pouillon, architecte (1912-1986) », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, no 52,‎ , p. 128-130 (DOI 10.3406/xxs.1996.3571 , lire en ligne ).
  12. Une partie de ses archives a été déposée par ses héritiers aux Archives nationales où elle est conservée sous la cote 528 AP. Voir la notice relative à ce fonds dans la Salle des inventaires virtuelle des Archives nationales .
  13. Les Globes de François Mitterrand, par Jean-Marie Burguburu, le 16 mars 2008 — Témoignage .
  14. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  15. Notice du palais sur le site de la DRAC PACA .
  16. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  17. Marseille 2e - Station sanitaire .
  18. Le Vieux-port de Marseille construit entre 1947 et 1956 .
  19. Marseille 2e - Immeuble .
  20. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  21. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  22. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  23. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  24. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  25. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  26. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  27. Notice sur le Site de la DRAC PACA .
  28. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  29. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  30. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  31. Site sur Diar Es Saada d'hier et d'aujourd'hui .
  32. Sur le premier billet de 100 dinars de l'Algérie indépendante figurait la cité de Diar Es Saada réalisée à la demande du député-maire d'Alger Jacques Chevallier.
  33. a b c et d « Label Patrimoine du XXe siècle : Les ensembles de logements en Île-de-France » (consulté le 26 mai 2010).
  34. Notice sur le site de la DRAC PACA .
  35. Hôtel El Mountazah Annaba .
  36. Le Patrimoine du XXe siècle a été transformé en label « Architecture contemporaine remarquable », label officiel français créé en 2016 par le ministère de la Culture pour être décerné à des réalisations architecturales et urbanistiques construites depuis moins de 100 ans à la date de labellisation, et considérées comme remarquables du point de vue esthétique et technique.
  37. Du 23 novembre 2012 au 3 mars 2013.
  38. Édition d'un catalogue sous la dir. de Catherine Sayen ; voir Bibliographie.
  39. Les Rencontres d'Arles, « Daphné Bengoa & Leo Fabrizio » , sur rencontres-arles.com (consulté le 7 octobre 2019).
  40. « Frac centre » , sur frac-centre.fr (consulté le 7 octobre 2019).
  41. Site de l'association L'héritage de Fernand Pouillon. .
  42. Sous la direction de B.-F. Dubor.
  43. Actes parus en 2001. Jean-Lucien Bonillo (sous la dir. de), Fernand Pouillon, architecte méditerranéen, éd. Imbernon, 2001.
  44. (mul) le site qui lui est consacré. .
  45. Le Maghreb , Perspective.
  46. Centenaire de Fernand Pouillon - Architecte à la vie rocambolesque .
  47. Voir sur laprovence.com. .
  48. Voir sur caue49.com.
  49. Ministère français de la Culture et de la Communication.
  50. Avec une notice biographique de François Goven, inspecteur national des monuments historiques.
  51. Léopoldine Leblanc, « Marie Richeux, "Climats de France" chez Sabine Wespieser », Livres Hebdo,‎ , p. 1 (lire en ligne , consulté le 10 avril 2018).

Voir aussi


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Bibliographie

Filmographie

Liens externes








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Information à partir de: 21.03.2021 10:07:28 CET

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