Gestion alternative


La gestion alternative est un mode de gestion de portefeuille appliqué par certains fonds d'investissement dits « fonds spéculatifs », « fonds alternatifs », « fonds d'arbitrage », « fonds de couverture », ou hedge funds. L'investissement minimal va de quelques dizaines de milliers de dollars parfois, à plusieurs centaines de milliers plus souvent, suivant les fonds. De plus, n'étant par essence pas aussi réglementés que les fonds de placement classiques, ils ne peuvent être distribués au grand public et sont réservés à la catégorie des investisseurs institutionnels ou aux grandes fortunes.

La définition d'un hedge fund reste confuse puisque chaque source possède ses propres critères (SEC, FSA, Dodd-Frank Act). Cependant, pour les différencier des OPCVM, les hedge funds font appel à l'emprunt pour composer leurs portefeuilles, ce qui les contraint donc à dépasser des seuils de rentabilité minimale.

D'un point de vue juridique, la gestion alternative vise toute gestion qui n'est pas dédiée à l'investissement en actions ou obligations cotées ouverte au public. En effet depuis la directive AIFM, la gestion alternative comprend les hedge funds, mais aussi les fonds immobiliers, de dette ou de private equity[1].

Sommaire

Objectifs


La gestion alternative vise à décorréler les performances du portefeuille de l'évolution générale de la bourse en intervenant sur les marchés des actions mais aussi sur les obligations, les devises, les matières premières, l'immobilier et les entreprises non cotées, le marché des œuvres d'art… Le but est généralement de lisser les courbes de rendement et de les améliorer par rapport au rendement du marché permettant d'avoir un meilleur rapport performance / volatilité. La raison pour laquelle ces « fonds alternatifs » sont considérés comme risqués est liée au fait qu'au-delà du « lissage » des courbes de rendement, ils ont servi lors de nombreuses attaques spéculatives, sur les taux de change par exemple, avec des retombées économiques néfastes pour le pays attaqué. Des exemples incluent la crise économique du Mexique (1992-1994), la crise asiatique de 1997-1998, la Russie, le Brésil etc. Pour certains, ces « fonds » n'ont fait que rétablir les taux de change « surévalués » de certains pays à un niveau plus raisonnable. Cependant, les attaques spéculatives ne s'arrêtent pas seulement aux monnaies « surévaluées » comme lors de la crise asiatique où Taïwan, Singapour et Hong Kong n'ont pas été épargnés.

Historique


La gestion alternative est apparue dans les années 1950 avec les activités d'Alfred Winslow Jones, un ancien journaliste du magazine Fortune. Mais son essor a vraiment lieu dans les années 1970 lors d'une série de bouleversements économiques : premier choc pétrolier, apparition des eurodollars, et premières déréglementations financières. Elle a été mieux connue par le public à l'occasion de la dévaluation de la livre sterling consécutive à l'intervention de George Soros. Historiquement, les offices familiaux (family offices) furent les premiers à les utiliser et ont ainsi contribué à leur émergence. En , près de 10 000 fonds de couverture sont opérationnels dans le monde et gèrent environ 1 760 milliards USD (1 250 milliards d'euros)[2]. En 2009, les deux tiers des fonds de couvertures sont localisés dans les îles Caïmans, qui est de facto le paradis fiscal des multinationales[3]. Les fonds de couverture restant étaient en 2005 principalement européens, domiciliés à 70 % au Luxembourg et en Irlande et dirigés à 90 % depuis l'Angleterre et la France[4].

Grâce aux liquidités injectées par les États, les 9 000 fonds de couverture pèsent 2 000 milliards de dollars en 2009 ; plus des trois quarts d'entre eux sont américains ou britanniques. Ces fonds sont détenus à hauteur de 18 % par les banques et à près de 50 % par des investisseurs institutionnels[5].

Types d'actifs utilisés dans les portefeuilles alternatifs


Les portefeuilles alternatifs se composent notamment :

Implication des gérants


Les gérants alternatifs investissent une grande part de leur fortune personnelle dans les fonds qu'ils gèrent et leurs rémunérations dépendent principalement de la performance du fonds ; ils sont donc associés avec les investisseurs. Bien que ces fonds soient souvent fermés et limités en taille, le potentiel de gain de ces gérants du fonds peut devenir énorme car en corrélation avec la taille du fonds (part prélevée sur les fonds apportés par un investisseur) et 20 % de performance fees (commissions prélevées sur la performance du fonds). Ces chiffres peuvent varier, par exemple un fonds réputé de Floride (qui prend plus de 30 % de frais de performance) a octroyé un frais de performance de 1,5 milliard de dollars au gestionnaire de ce fonds pour l'année 2005[réf. nécessaire].

Outils


Stratégies


Les différentes stratégies se caractérisent par des ratios rendement / risque très variables. Il existe de nombreuses présentations des différentes stratégies alternatives.

Avantages et inconvénients


Liquidité

Les meilleurs fonds de couverture sont souvent fermés, donc moins liquides que d'autres placements, et il faut mettre au moins 1 million d'euros d'investissement initial. Se constituer un portefeuille diversifié de gérants utilisant des stratégies différentes demande donc soit des moyens très importants, soit de passer par un « fonds de fonds de couverture » (fund of hedge funds).

Les fonds de couverture offrent généralement peu de liquidité à leurs souscripteurs. Un investissement doit régulièrement attendre un à trois mois avant d'obtenir une souscription puis deux à douze mois pour pouvoir sortir du fonds. Ce manque de liquidité ne convient pas aux investisseurs qui recherchent des instruments de placement plus liquides. Cependant, l'émergence de plateformes de managed accounts (ou comptes gérés) tend à apporter une solution aux problèmes de liquidité et de transparence.

Opportunités

La croissance importante des placements en fonds alternatifs fait que de plus en plus de gérants sont à la recherche des mêmes opportunités d'investissements avec beaucoup plus d'argent que par le passé. Les performances des fonds alternatifs auraient tendance à diminuer et ainsi encouragent leurs gérants à prendre de plus en plus de risques. L'effondrement des cours peut aussi résulter inéluctablement de l'épuisement naturel de pratiques problématiques, voire illégales, comme dans le cas de la crise des actions bancaires de 1983 en Israël (en).

Risque

Les fonds alternatifs sont très peu réglementés et apprécier leur risque est difficile pour un investisseur particulier. Certains fonds ont une volatilité plus faible que celle d'un marché actions de pays développé et sont d'ailleurs décorrélés des marchés actions (actions achat/ventes). D'autres sont beaucoup plus risqués compte tenu notamment des effets de levier importants utilisés (matières premières). Les hedge funds ont servi plusieurs fois depuis les années 1990, et notamment lors de la crise asiatique, à opérer des attaques spéculatives. Lors de la crise asiatique, les hedge funds ont systématiquement attaqué les banques centrales de nombreux pays asiatiques en commençant par la Thaïlande. Les dégâts économiques ainsi occasionnés ont été énormes.

Transparence

Certains fonds très performants peuvent être aussi très opaques, il est très important pour l'investisseur de se faire conseiller par un spécialiste du marché qui a des contacts directs avec les gérants de fonds. Comme l'affaire Madoff en l'a montré, la faible transparence ou le défaut de transparence, souvent pris pour des gages de discrétion et faisant ainsi partie du prestige et de l'attrait psychologique de certains placements, peuvent tout aussi bien cacher des pratiques problématiques, voire illégales.


Pour lutter contre la faible liquidité et le manque de transparence, l'industrie bancaire s'est mise à développer les stratégies dites de managed account. Elles permettent de répliquer les stratégies des hedge funds tout en donnant accès à un nombre élargi d'investisseurs à des instruments plus ouverts.

Performance

Les performances des hedge funds sont complexes à analyser, car il existe de nombreuses stratégies différentes. La performance a été inférieure à une stratégie simple mélangeant des fonds passifs sur le S&P 500 et des fonds indiciels en obligations d'État américaines[6]. D'ailleurs, Warren Buffett avait parié en 2008 que la gestion passive aurait une meilleure performance qu'une sélection de hedge funds. Il a gagné son pari[7].

Liste non exhaustive des principaux hedge funds


Selon le classement 2009 de Alpha magazine[8], les cinq plus gros hedge funds sont, en milliards de dollars américains d'actifs :

  1. Bridgewater Associates : 38,6
  2. JP Morgan AM : 32,9
  3. Paulson & Co fondé par John Paulson : 29
  4. D.E. Shaw & Co fondé par David Shaw : 28,6
  5. Brevan Howard AM : 26,4

Selon le classement publié par Trader-Forex[9] pour 2012, les cinq plus gros hedge funds sont, en milliards de dollars américains d'actifs :

  1. Brevan Howard Asset Management : 61,5
  2. Goldman Sachs Asset Management : 52,1
  3. Lansdowne Partners : 36,4
  4. BlueCrest Capital Management : 35,3
  5. Och-Ziff Capital Management : 35

De son côté, Bloomberg Markets estimait qu'au , les deux premiers hedge funds étaient Bridgewater Associates et Man Group, avec respectivement 77,6 et 64,5 milliards de dollars d'actifs[10].

Autres hedge funds : Aurelius Capital Management, Appaloosa management, Baupost Group, BlackRock (BGI), BlueCrest Capital Mgmt., Boussard & Gavaudan, Canyon Partners, Citadel Investment Group, Farallon Capital, Fortress Investment Group, GLG Partners, Goldman Sachs AM, Landsdowne Partners, Man Group, Marshall Wace , Millennium Management, Moore Capital Mgmt., Och-Ziff Capital Mgmt. Group, Renaissance Technologies, SAC Capital Advisors, Salus Alpha Capital , Soros Fund Management, Tudor Investment Corp[11], Two Sigma Investments, UHedgeFund , Viking Global Investors.

Notes et références


  1. Florence Moulin et Daniel Schmidt, Les fonds de capital investissement : principes juridiques et fiscaux, Gualino / Lextenso éditions, 3e édition (à jour de la Directive AIFM), décembre 2014, préface Gérard Rameix (Président de l'AMF), 800p (ISBN 978-2-297-00582-1).
  2. Le Monde du 28 octobre 2007
  3. Interview de Jean-Michel Quatrepoint à la NAR le 9 décembre 2009
  4. Banque centrale Européenne, p14 et p17
  5. Irène Inchauspé, « L'union doit prendre les fonds de couverture à revers : interview de Michel Aglietta », Challenges, n°200, 18 février 2010, page 42.
  6. Edouard Petit, « Hedge fund : définition, stratégies, performance et intérêt » , sur Epargnant 3.0, (consulté le 16 janvier 2020)
  7. (en) David Floyd, « Buffett's Bet with the Hedge Funds: And the Winner Is … » , sur Investopedia (consulté le 16 janvier 2020)
  8. Irène Inchauspé, « Les cinq plus gros hedge funds », Challenges, n°200, 18 février 2010, page 42.
  9. « Les 5 plus gros Hedge Funds au monde » , in trader-forex.fr, en ligne.
  10. (en) « Top Hedge Fund Returns 45% With Robertson's 36-Year-Old Disciple » par Anthony Effinger, Katherine Burton et Ari Levy, in Bloomberg Markets Magazine, 10 janvier 2012, en igne.
  11. « World's Largest Hedge Funds » , sur marketfolly.com (consulté le 3 octobre 2020).

Voir aussi


Bibliographie

Articles connexes

Liens externes








Catégories: Gestion alternative | Gestion d'actifs | Produit dérivé




Information à partir de: 14.06.2021 04:03:41 CEST

Source: Wikipedia (Auteurs [Histoire])    Licence: CC-BY-SA-3.0

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