Grégoire de Tours


Saint Grégoire de Tours

Grégoire de Tours par Jean Marcellin, avant 1853. Pavillon Turgot au Pavillon Richelieu, palais du Louvre.
évêque de Tours
Naissance 30/11 538 ou 539
Décès   (55 ans)
Tours
Vénéré à Clermont, Tours
Vénéré par Église catholique romaine et Église orthodoxe
Fête 17 novembre

Georges Florent Grégoire[1] (Georgius Florentius Gregorius), né dans la cité des Arvernes[2] le 30 Novembre 538[3] ou 539[4],[5] à Clermont ou Riom[6] et mort le à Tours, est évêque de Tours, historien de l'Église et des Francs avec son Histoire des Francs.

Sommaire

Biographie


Un aristocrate gallo-romain

Il est issu, par son père Florent (Florentius), d'une famille aristocratique arverne : son père et son arrière-grand-père maternel Grégoire Georgius (ou Georgins), ancien évêque de Langres[4], avaient été sénateurs, et son oncle paternel était Gallus ou saint Gal Ier, évêque de Clermont[4]. Par sa mère Armentaria, il est apparenté aux évêques de Lyon Sacerdos et saint Nizier d'une part, et aux évêques de Langres, Tetricus, et arrière-petit-fils de Grégoire de Langres d'autre part. C'est d'ailleurs de Grégoire de Langres qu'il tient son troisième nom, celui par lequel il est connu. Le prestige provient donc de deux faits, d’une part l’appartenance à l’aristocratie auvergnate en raison des sénateurs que compte sa famille (quatre, côtés paternel et maternel confondus), d’autre part l'engagement dans l’Église. En effet, c’est une des premières familles à s’être convertie au christianisme et Grégoire peut compter un martyr et six évêques dans sa famille. Deux d’entre eux jouèrent même un grand rôle dans son éducation et son accession au siège épiscopal.

Cette famille prestigieuse illustre évidemment l'intégration d'une ancienne aristocratie sénatoriale gauloise romanisée, dans le nouvel ordre social et politique barbare. Grégoire est donc d'origine gallo-romaine et non barbare[7].

Ainsi, sa famille étant noble selon les définitions de l’époque, Grégoire hérita naturellement de capacités à commander. Cela devait lui donner une légitimité certaine dans son futur épiscopat et face aux affaires politiques qu’il aurait à traiter.

Jeunesse et formation

Son père meurt jeune. Élevé par sa mère près de Cavaillon, puis successivement par son oncle Gal († 551) et par l'archidiacre Avit à Clermont, Grégoire achève son éducation auprès de son oncle Nizier, à Lyon où il est envoyé en 563. Durant sa jeunesse, il est sujet à divers maux[réf. nécessaire] : un pèlerinage sur le tombeau de saint Martin à Tours (en 562 ou 563) l'aurait, d'après la légende, guéri de l'un d'entre eux.

Peu après, il est ordonné diacre et réside à la basilique Saint-Julien, à Brioude. Il y vit jusqu'à son élection comme évêque de Tours, en 573, probablement à l'instigation de la reine Brunehaut et du roi d'Austrasie, Sigebert Ier[8].

Évêque de Tours

Succédant à son cousin maternel Euphrone dans cette dignité, Grégoire prend alors en charge l'un des plus importants sièges épiscopaux de Gaule. Durant son épiscopat, il est gêné par les querelles des souverains francs, qu'il n'hésite pas à fustiger[réf. nécessaire]. Il tient notamment tête au roi Chilpéric Ier, puis à la reine Frédégonde qu'il accuse d'être responsable du meurtre de l'évêque Prétextat. Celui-ci avait marié Mérovée, fils et opposant de Chilpéric, à sa tante Brunehaut, veuve de Sigebert, remettant ainsi la famille de ce dernier en mesure de régner. Pour cela, Prétextat fut traduit en justice devant ses pairs, accusé de complot par Chilpéric. Selon Grégoire, il fut le seul à ne pas être intimidé par les manœuvres de Chilpéric et s’engagea en faveur de Prétextat. Il s’attira alors une forte inimitié du roi et de sa femme Frédégonde, lesquels, pour le faire changer d’avis, tentèrent sans succès de l’intimider et de le soudoyer. Finalement, Prétextat se trahit par ses propos et fut exilé.

Il meurt à Tours, peut-être le [9]. Selon Bruno Dumézil, les arguments en faveur de cette date sont fragiles et le décès de Grégoire peut être reculé ou avancé d'un an[10]. Il est vénéré dans cette ville et dans celle de Clermont.

Parmi les auteurs antiques que cite Grégoire se trouvent Virgile, Salluste et Pline le Jeune ; certains des ouvrages qu'il évoque sont aujourd'hui perdus. La théologie dont il fait preuve reste simple ; il argumente contre les juifs. Il réfute également l'unitarisme[11].

Une Vie de Saint Grégoire a été rédigée au Xe siècle par l'abbé Odon de Cluny.

L'écrivain


Quelles furent les motivations de Grégoire de Tours en tant qu'écrivain ? D’après son prologue à l'Histoire des Francs :

« Aussi beaucoup d'hommes gémissaient disant : « Malheur à nos jours ! L’étude des lettres périt parmi nous, et on ne trouve personne qui puisse raconter dans ses écrits les faits d'à présent. » Voyant cela, j'ai jugé à propos de conserver, bien qu'en un langage inculte, la mémoire des choses passées, afin qu'elles arrivent à la connaissance des hommes à venir. Je n'ai pu taire ni les querelles des méchants ni la vie des gens de bien. »

Selon cette citation, c'est un devoir de mémoire qui l'aurait poussé à écrire. La suite de cette phrase qui se situe dans le prologue, révèle pourtant un autre aspect. Grégoire livre une confession de foi détaillée, à travers laquelle perce la vocation religieuse de l'œuvre. Dès le commencement, le texte est tourné vers le Christ. Les récits de miracles et les vies de saints qui ponctuent l'écrit montrent et symbolisent la présence du Christ (saint Martin, notamment, représente la création de l'Église voulue par le Christ). Grégoire de Tours s'inscrit de plus dans un grand mouvement hagiologique de l'époque, qui s’intègre dans le développement d'une culture populaire des miracles, des pèlerinages, des saints. Les Histoires développent donc un vaste programme où sont intimement liés les faits du siècle et l'Église chrétienne (conçue comme la communauté des saints). Hagiographe crédule, il n'hésite pas à colporter des légendes chrétiennes, en amalgamant des récits d'origines, de dates et de valeurs différentes, si bien que son Histoire des Francs est « objectivement fausse »[12].

La partie de son œuvre plus contemporaine suit également ce programme en mêlant les actions saintes et la dynastie mérovingienne en un grand ensemble (la permixa). Ainsi, les rois sont-ils présentés selon leurs relations avec l'Église et la morale chrétienne. Dans cette vision, chaque livre corrèle le triomphe des rois ou leur chute à la qualité de leur foi (par exemple, la naissance de Clovis aurait été annoncée par les anges et il triomphe grâce à saint Martin. La guerre civile sous Chilpéric et Gontran est causée par leur absence d'attention aux dogmes et aux évêques). Ainsi, la position de Grégoire est-elle déterminée par son désir d'unifier l'Église du Christ avec l'État terrestre. Et c'est dans cette optique que Grégoire a écrit le reste de ses œuvres, moins connu, mais tout aussi important pour lui : les Livres des miracles.

Enfin, quand on considère les origines familiales de l'auteur et l'influence de son héritage d'aristocrate gallo-romain, on peut considérer l'œuvre de Grégoire de Tours — de la même façon que son œuvre de restauration de la cathédrale Saint-Martin — comme une sorte d'évergétisme : le don d'un capital intellectuel pour sa postérité. Ainsi, jusqu'au XIXe siècle, l'historiographie moderne a puisé dans son Histoire des Francs[12].

Œuvres


Les Dix Livres d'Histoire ou Histoire des Francs

Le titre originel de l'ouvrage est Dix livres d’histoire (Decem libri historiarum). Il s'agit d'une histoire universelle du monde et de l'Église, écrite dans une perspective eschatologique, de la Genèse aux règnes des rois francs jusqu'en avril 591, complétée par les Libri octo miraculorum, un ensemble de récits de vies de saints principalement gaulois, composés de 574 à la mort de Grégoire[13].

Le récit accorde une large place à la Gaule mérovingienne, que Grégoire connaît mieux que le reste du monde : cinq des dix livres et le Livre des miracles concernent l'époque de l'auteur. Ce dernier en donne une image plutôt sombre, mettant l'accent sur les conséquences désastreuses du comportement de certains rois, par opposition au comportement de leurs aïeux chrétiens, à commencer par Clovis. C'est à travers l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours que nous est parvenue l'histoire du vase de Soissons.

Pour cette raison, l'œuvre a pu être ultérieurement rebaptisée Histoire des Francs (Historia Francorum) ou Geste des Francs (Gesta Francorum) ou plus simplement Chroniques (Chronicæ). Elle fait en tout cas de Grégoire de Tours le père d'une « histoire nationale » des Francs, le principal historien des Mérovingiens et la source majeure dont nous disposons sur leurs règnes.

Par la suite, l’Histoire des Francs a pu servir d'inspiration à d'autres chroniqueurs, notamment à Bède le Vénérable dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais (Historia ecclesiastica gentis Anglorum). C'est peut-être à cause du livre de Bède, un des plus populaires en Europe durant le Moyen Âge, que celui de Grégoire a reçu en retour l'appellation d'Histoire ecclésiastique des Francs (Historia ecclesiastica Francorum).

L’Histoire des Francs a été continuée durant les siècles suivants par des auteurs inconnus, auxquels ont été donnés les noms de Frédégaire et Pseudo-Frédégaire.

Le fait est que la version la plus populaire des Histoires date de 800 et fut considérablement remaniée par son éditeur/rédacteur. Ce qui touche aux églises, aux monastères et à la cléricature y est fortement tronqué et l'histoire des Francs s'y trouve mise en exergue. Ainsi c'est plus aux remanieurs de Grégoire de Tours qu'à lui-même que l'on doit le titre de « père de l'histoire franque ».

Les 5 derniers livres englobent les faits, à partir de 575 du début du règne de Childebert II, jusqu’aux affaires entre Gontran et son neveu. Ce sont donc des périodes beaucoup plus courtes qui sont ici décrites. Contemporaines de la vie de Grégoire, elles sont en conséquence beaucoup mieux détaillées. Parmi ces livres, les trois derniers sont scandés par la rivalité des rois, Chilpéric (le « mauvais roi ») est mis en comparaison avec Gontran (le « bon Roi »). Les portraits de nombreux personnages de l’époque sont noircis — tel celui de Frédégonde — ou hagiographiques — tels saint Martin ou saint Laurent.

Dans la structure de l'œuvre, à partir du Livre 2, alternent chapitres saints (vies de saints, miracles) et chapitres profanes.

La Chronique de Frédégaire fait notamment un résumé des livres I à IV des Dix livres d'histoire de Grégoire de Tours.

Éditions de l'Histoire des Francs

L'œuvre majeure de Grégoire de Tours a survécu à travers plusieurs manuscrits du Moyen Âge, dans des versions plus ou moins altérées par rapport à l'original. La première impression est réalisée à Paris en 1561[14].

Éditions anciennes
Éditions récentes

Autres œuvres

Voici la liste des autres œuvres attribuées à Grégoire de Tours, à la suite de la liste proposée par François Guizot[15] (1787-1874), auteur d'une traduction de l'Histoire des Francs et d'une Notice sur Grégoire de Tours :

Les ouvrages suivants sont perdus :

Éditions récentes

Représentations dans les arts


Télévision

Notes et références


  1. Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, en dix livres, t.1, 1836
  2. Conrad Malte-Brun, Précis de la géographie universelle, Bruxelles, Lacrosse et Cie, libraires-éditeurs, 1839, p. 521.
  3. Laurence Le Loup, Grégoire de Tours (538-594), père de l'histoire de France : célébration nationale du 1 400e anniversaire de la mort de Grégoire de Tours (594-1994), Rouen, Musée des Antiquités, (ISBN 978-2-902093-24-3, lire en ligne ).
  4. a b et c Saint Gregory (Bishop of Tours), Histoire ecclésiastique des Francs, , 329 p. (lire en ligne )
  5. Bruno Dumézil, La Reine Brunehaut, Paris, Éditions Fayard, (ISBN 978-2-213-63170-7), p. 10.
  6. « Découvrir le Diocèse : évocation de la naissance et des premiers temps du christianisme à Clermont » , L'article mentionne qu'il est née à Riom ou à Clermont. La plupart des autres sources indiquent uniquement Clermont pour le lieu de naissance, sur https://clermont.catholique.fr/ (consulté le 2 avril 2020).
  7. Jean Verdon, Grégoire de Tours « Le père de l’Histoire de France », éd. Horvath, 1989.
  8. Bruno Dumézil, La reine Brunehaut, Paris, Éditions Fayard, 2008, pp. 158, 171.
  9. Adriaan H. B. Breukelaar, Historiography and Episcopal Authority in Sixth-Century Gaul, Göttingen, 1994, pp. 64-66.
  10. Bruno Dumézil, La reine Brunehaut, Paris, Éditions Fayard, 2008, p. 291.
  11. Grégoire de Tours, L’Histoire des rois francs, fin du chap. IV : décret de Chilpéric.
  12. a et b Otto Gerhard Oexle, Les tendances actuelles de l'histoire du Moyen Âge en France et en Allemagne, Publications de la Sorbonne, , p. 85.
  13. Gabriel Monod, Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne, Ier partie, p. 44.
  14. « Des (Wisi)Goths dans l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours ? », Musée (Wisi)Goth virtuel,‎ (lire en ligne , consulté le 31 mai 2017).
  15. Surtout connu comme homme politique, Guizot était au départ historien.
  16. Robert Latouche dans Grégoire de Tours, Histoire des Francs, éditions Les Belles lettres, p. 7.
  17. Robert Latouche dans Grégoire de Tours, Histoire des Francs, éditions Les Belles lettres, p. 8.

Voir aussi


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Bibliographie

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Articles connexes

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