Hérodote


Hérodote
Copie d'un portrait posthume d'Hérodote datant du IVe siècle avant notre ère, palais Massimo alle Terme
Nom de naissance Ἡρόδοτος
Naissance seconde moitié des années 480 avant notre ère
Halicarnasse
Décès vers 425
Thourioi
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Grec ancien (Ionien)

Hérodote (en grec ancien : Ἡρόδοτος / Hēródotos), né vers 480 avant notre ère à Halicarnasse en Carie[1] et mort vers 425 à Thourioi, est un historien et géographe grec.

Hérodote mentionne souvent Hécatée de Milet, fils d'Hégésandre, en lui donnant le titre d'historien[2] mais c'est lui qui sera considéré comme le premier véritable historien[3] ; Cicéron l'a surnommé le « Père de l’Histoire »[4] en raison de sa grande œuvre, les Histoires — également appelée Enquête. Cette dernière est centrée sur les guerres médiques mais ne se limite pas au récit de celles-ci : Hérodote expose les causes de la guerre et fait de nombreuses digressions, appelées logoi, sur l'histoire, les coutumes et la description des pays des belligérants, ainsi que de nombreux autres peuples tout autour de la Méditerranée. Cette méthode fait de lui l'un des précurseurs de l'histoire universelle.

En géographie, le récit de ses voyages le range également parmi les premiers géographes.

En politologie, son exposé du Dialogue entre Otanès, Mégabyse et Darius constitue l'un des premiers documents authentiques où se trouvent distingués et comparés les divers types de gouvernement (démocratie, oligarchie, monarchie)[5].

Sommaire

Biographie


La vie d'Hérodote nous reste obscure. Ce que l'on sait est essentiellement tiré de ses propres œuvres. Des notices lui ont été consacrées par Denys d'Halicarnasse, Plutarque, Lucien et la Souda.

Fils de Lyxès et de Drio (d'après la Souda), il est né la première année de la 74ème olympiade d'après Pamphile cité par Aulu-Gelle[6], soit avant la seconde guerre médique (480 à 479). Il fait partie d'une famille importante bien que le nom de son père indique une probable origine « barbare », plus précisément carienne. Halicarnasse était la capitale de La Carie[7].

Certains pensent qu'il était le neveu de Panyasis, éminent poète épique, que l'on comparait alors à Homère, mais le lien de parenté n'est pas connu avec certitude[réf. nécessaire].

Dans sa jeunesse, en 469 avant notre ère, il suit sa famille, adversaire du tyran Lygdamis (ou Lygdamos, vers 470 – vers 450), en exil à Samos. L'époque de son exil est celle de ses principaux voyages, dont il a rendu compte dans ses Histoires : un séjour en Égypte avec un déplacement à Cyrène et un retour par la Syrie et par Tyr, une visite sommaire de l'empire perse, Babylone (dans l'actuel Irak), la Colchide (dans la Géorgie moderne) et Olbia (dans l'Ukraine actuelle), la Macédoine. Aucun de ces voyages ne semble l'avoir mené en Méditerranée occidentale[réf. nécessaire].

De retour à Halicarnasse, en Carie, vers 454, il participe à l'insurrection qui renverse le tyran. Peu après, il est de nouveau inquiété et s'établit à Athènes où il se lie avec Sophocle qui écrit un poème en son honneur en 450 (on en a conservé des fragments par Plutarque). Il suit ensuite les colons qui, à l'instigation de Périclès, partent fonder Thourioi, dans le sud-est de l'Italie. C'est là qu'il finit la rédaction de ses œuvres et qu'il meurt vers 420[8].

Œuvres


« Le Père de l'Histoire »

L'unique œuvre que nous connaissons d'Hérodote s'intitule Histoires ou Enquête, du grec Ἱστορία / Historía — littéralement « recherche, exploration », de ἵστωρ, « celui qui sait, qui connaît »[réf. nécessaire].

Le premier paragraphe annonce :

Ἡροδότου Ἁλικαρνησσέος ἱστορίης ἀπόδεξις ἥδε, ὡς μήτε τὰ γενόμενα ἐξ ἀνθρώπων τῷ χρόνῳ ἐξίτηλα γένηται, μήτε ἔργα μεγάλα τε καὶ θωμαστά, τὰ μὲν Ἕλλησι τὰ δὲ βαρϐάροισι ἀποδεχθέντα, ἀκλεᾶ γένηται, τά τε ἄλλα καὶ δι' ἣν αἰτίην ἐπολέμησαν ἀλλήλοισι.

« Hérodote d'Halicarnasse présente ici les résultats de son Enquête afin que le temps n'abolisse pas le souvenir des actions des hommes et que les grands exploits accomplis soit par les Grecs, soit par les Barbares, ne tombent pas dans l'oubli ; il donne aussi la raison du conflit qui mit ces deux peuples aux prises. »

Ce préambule montre la volonté d'Hérodote de se placer dans la tradition d'Hécatée de Milet : il s'agit de traiter de tous les hommes comme l'indique l'emploi du terme ἀνθρώπων / anthrốpôn et que vient souligner la complémentarité « tant les Grecs que les Barbares ». Il s'agit également de faire œuvre de mémorialiste : « afin que le temps n'abolisse pas les travaux des hommes ». Enfin, Hérodote prétend rivaliser avec le poète épique Homère, en se proposant de commémorer les exploits des hommes (allusion à l’Iliade). Néanmoins, contrairement à l'aède, Hérodote n'entend pas décrire de lointains événements, comme la guerre de Troie, mais des faits très récents, notamment les guerres médiques[réf. nécessaire].

Du point de vue de la langue, Hérodote a écrit son œuvre en dialecte ionien, un ionien parfois artificiel (et artificiellement reconstitué par les éditeurs) auquel se mêlent des archaïsmes épiques imités d'Homère[réf. nécessaire].

Voyageur et géographe

Hérodote est très précis dans la description de certains monuments. Par exemple, de l'enceinte de Babylone, il dit : « Elle est si magnifique que nous ne connaissons pas une qu'on puisse lui comparer », et à propos de Babylone : « Cette ville, située dans une grande plaine, est de forme carrée ; chacun de ses côtés a cent vingt stades de long, ce qui fait pour l'enceinte de la place quatre cent quatre-vingts stades ».

Il donne de nombreuses indications (parfois très précises) sur la taille de tel territoire, de telle mer ou fleuve ou sur la richesse de tel peuple. Par exemple, à propos de la Scythie, il dit : « (101). Donc puisque la Scythie forme un carré bordé par la mer sur deux côtés, ses frontières terrestres et maritimes ont la même longueur ; de l'Istros au Borysthène, il faut compter dix jours de marche, et dix autres du Borysthène au lac Méotide ; pour aller de la mer vers l'intérieur jusqu'au pays des Mélanchènes qui sont au nord de la Scythie, il faut vingt jours de marche. Or j'estime qu'un jour de marche représente deux cents stades : à ce compte la Scythie doit avoir quatre mille stades d'étendue, et autant en profondeur, de la mer à l'intérieur des terres. Voilà donc les dimensions de ce pays »[9].

Il donne aussi des descriptions parfois très précises des techniques utilisées dans les pays visités. Ainsi, une trouvaille archéologique a confirmé la description qu'il donne de la fabrication de la baris, bateau de charge utilisé sur le Nil[10].

Certaines descriptions de monuments, données par Hérodote, ont permis l'élaboration de la célèbre liste des Sept Merveilles du monde, telle la grande pyramide d'Égypte.

Anthropologue

Hérodote, de par ses nombreux voyages, a pu découvrir (ou entendre parler) de nombreux peuples. La description de leur aspect physique, de leur façon de s'habiller, de faire la guerre, de leurs coutumes, croyances et mode de vie fait de son Enquête une précieuse source anthropologique antique.
Hérodote parle des peuples grecs d'Asie Mineure, des Lydiens, Perses, Mèdes, Assyriens, Babyloniens et Massagètes (Livre I), des Égyptiens (Livre II), des Indiens, Arabes, Éthiopiens (Livre III), des Scythes et Libyens (Livre IV) et enfin des Thraces (Livre V). Les autres livres sont principalement consacrés au récit des guerres contre les Perses. Le travail d'Hérodote est donc pluriel et s'il est considéré comme le « père de l'histoire », il peut également prétendre au titre de père de l'anthropologie[réf. nécessaire].

Voici trois extraits des Histoires dans lesquels Hérodote décrit les mœurs des Perses, des Scythes et des Indiens :

Analyste politique

Dans le Livre III de son œuvre[14], Hérodote met, sous la forme d'un dialogue entre trois mages (Otanès, Mégabyse et Darius), l'exposé, la défense et la critique des trois grandes formes de gouvernement.

À la mort du jeune Smerdis (en réalité Gaumata, un mage se faisant passer pour Smerdis, frère de Cambyse, que ce dernier avait fait assassiner)[11], un débat s'instaure entre sept conjurés pour délibérer sur le gouvernement à donner à la Perse :

Ce goût de la liberté est partagé par Hérodote. Athénien d'adoption, il remarque : « Soumis à un tyran, les Athéniens ne se montrent nullement supérieurs à leurs voisins. À peine sont-ils délivrés du joug qu'ils les surpassent tous ».

Hérodote rapporte le propos de Lacédémoniens questionnés par le Satrape Hydarnès qui leur demande pourquoi ils ne veulent pas devenir les amis du « Grand Roi (de Perse) qui honore les braves » :

« Ton conseil n'est pas pesé dans des balances justes. les Persans ne connaissent qu'un seul régime. Ils n'ont expérimenté qu'un seul genre de vie. Ils n'ont jamais connu de liberté. Ils ne peuvent faire aucune comparaison. Hydarnès, si tu connaissais la liberté, tu nous exhorterais à le combattre, non pas seulement de loin avec des javelines, mais la hache à la main, c'est-à-dire à la vie à la mort[15]. »

Composition de l'œuvre

Les Histoires se composent de neuf livres, chacun portant le nom d'une muse. Ce découpage n'est pas le fait de l'auteur : la première mention en est due à Diodore de Sicile au Ier siècle, et c'est probablement au IIe siècle, du fait de grammairiens alexandrins, que l'ouvrage fut ainsi sectionné. Tout au long de l'ouvrage Hérodote donne une description et de nombreux renseignements sur les particularités, les us et coutumes de certains peuples, entre autres les Mèdes, les Perses, les Égyptiens, les Libyens, les Éthiopiens Longues-vies, les Arabes, les Indiens, etc.[réf. nécessaire] :

L'œuvre mêle éléments ethnographiques et proprement historiques. On a pu s'interroger sur cette coexistence. On peut reconnaître dans ce recueil d'éléments composites l'héritage d'Hécatée de Milet. D'autres commentateurs (Henry R. Immerwahr) ont au contraire insisté sur l'unité profonde de l'œuvre[réf. nécessaire].

Postérité de l'œuvre

Le style d'Hérodote est simple, plaisant et pittoresque, parfois naïf, parfois poétique. C'est un admirateur d'Homère — Denys d'Halicarnasse le qualifie de « zélote d'Homère » (Ὁμήρου ζηλωτής / Homḗrou zēlōtḗs). Plutarque, tout en reconnaissant ces qualités, le trouve cependant d'une grande partialité et a consacré un traité entier, De la malignité d'Hérodote (Περὶ τῆς Ἡροδότου Κακοηθείας / Perì tês Hērodotou kakoētheías), pour montrer qu'il est injuste avec les Grecs :

« Il a abusé bien des lecteurs par sa simplicité même ; il faudrait bien des livres pour passer en revue l'ensemble de ses mensonges et de ses spéculations. »

[réf. nécessaire].

Ces accusations sont exagérées[16] : la naïveté et la crédulité d'Hérodote, bien que réelles, se cantonnent généralement aux anecdotes dont il est friand. En revanche, lorsqu'il ne trouve aucune trace des Hyperboréens mentionnés dans les légendes grecques, il tient à le mentionner[réf. nécessaire].

Aristote le qualifie de « mythologue » dans sa Poétique, et Aulu-Gelle le traite d'affabulateur (homo fabulator)[réf. nécessaire].

Plus tard, la Renaissance se penche à nouveau sur l'œuvre d'Hérodote avec, cette fois, un regard plus bienveillant. Ainsi, Henri Estienne répond à Plutarque par une Apologie pour Hérodote. Dès lors, la popularité d'Hérodote ira croissante. L'abbé Barthélemy, auteur du Voyage du jeune Anarchasis en Grèce (1788), ouvrage très populaire à son époque, écrit qu'il « ouvrit aux yeux des Grecs les annales de l'univers connu »[17].

Hérodote est l'un des premiers prosateurs dont l'œuvre nous soit parvenue en entier.

Certains historiens, contemporains ou postérieurs, le critiquèrent :

Il résulta de ces critiques que les écrits d'Hérodote furent mal considérés à la Renaissance tout en restant très lus[22].
Cependant, depuis le XIXe siècle et surtout le XXe siècle, sa réputation a été réhabilitée par les preuves archéologiques qui ont confirmé à plusieurs reprises sa version des faits[23]. La vision moderne dominante est qu'Hérodote a fait un travail remarquable dans ses Histoires mais que certains détails spécifiques (en particulier les nombres et les pertes) sont à considérer avec précaution[23]. Néanmoins, il reste des historiens qui considèrent qu'Hérodote a inventé la plupart de ses récits[24] (la « Liar School of Herodotos »[25]).

Annexes


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Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

Cartes

Notes et références


Notes

Références

  1. Actuelle Bodrum en Turquie
  2. Hérodote II, CXLIII ; V, XXXVI ; V, CXXV ; VI, CXXXVII
  3. Lucien de Samosate 2015, p. 466.
  4. Cicéron, Des Lois, I, 1, 5.
  5. Marcel Prélot, Histoire des idées politiques, Paris, Dalloz, [Où ?].
  6. Mre L. Ellies Du Pin,, Bibliothèque Universelle des Historiens, Amsterdam, chez Zacharie Chastelain, , p. 104 Hérodote
  7. Airton Pollini, « Hérodote le père de l'Histoire », Histoire antique et médiévale, no 49,‎ , p. 13.
  8. Pollini 2010, p. 15.
  9. Hérodote, L'Enquête, Gallimard, , 608 p., p. Livre IV, (101), p 404.
  10. Histoires, II, p. 183-184. Voir A. Belov, «L'épave d'Héracleion (Égypte) et la baris d'Hérodote» , Les Dossiers d'Archéologie, vol. 364: 48-51, 2014.
  11. a et b Hérodote, L'Enquête, Gallimard, , 608 p., p. Livre I, (131-140), p 112.
  12. Hérodote, L'Enquête, Gallimard, , 608 p., p. Livre IV, (68-69), p 388
  13. Hérodote, L'Enquête, Gallimard, , 608 p., p. Livre III (98), p 323
  14. Thalie, 80, 81 et 82, Hérodote, Histoires, trad Ph. E. Legrand, Col Budé 1954 p. 131 et suiv.
  15. Prélot 1970[Où ?].
  16. Dans Universalis, Jacqueline de Romilly note cependant :

    « Pourtant il serait inexact de croire que l'œuvre d'Hérodote se présente [...] comme un ensemble homogène, soutenu d'affirmations bien tranchées. Elle est humaine, libre, changeante. Elle conduit de l'anecdote édifiante à l'analyse politique. On peut même dire que, souvent, on la voit changer de caractère, au fur et à mesure que la réalité dont elle traite se fait plus proche et mieux connue. »

    .
  17. Jean-Jacques Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce : vers le milieu du quatrième siècle avant l'ère vulgaire, E. Ledoux, 1821, page 363.
  18. Thucydides, History of the Peloponnesian War, e. g. I, 22 .
  19. a et b Finley, p. 15.
  20. « Philobarbaros ».
  21. Holland, p. xxiv.
  22. David Pipes, « Hérodote: Father of History, Father of Lies » (Archive Wikiwix Archive.is Google • Que faire ?) (consulté le 18 janvier 2008).
  23. a et b Holland, p. 377.
  24. Fehling, p. 1–277.
  25. Critiquée par W. Kendrick Pritchett, The Liar School of Herodotos. Amsterdam, J.C. Gieben, 1993 (ISBN 90-5063-088-X).







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