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Le Jugement dernier (Michel-Ange)


Le Jugement dernier
Artiste
Date
entre 1536 et 1541
Type
Technique
Dimensions (H × L)
1370 × 1220 cm
Mouvements
Collections
Localisation
Coordonnées

Le Jugement dernier est une fresque peinte par Michel-Ange, alors âgé de soixante ans, sur le mur de l'autel de la chapelle Sixtine au Vatican. Commandé par le pape Clément VII (Jules de Médicis), le travail dura six ans et fut inauguré par son successeur Paul III le .

Sommaire

Historique


En 1532, Michel-Ange revient à Rome après un séjour de plusieurs années à Florence, où il a pris parti contre Clément VII dans le conflit qui l'opposait à l'empereur Charles Quint. Le pape, qui a pardonné, lui demande de remplacer les peintures des deux extrémités de la chapelle Sixtine par deux grandioses représentations : la Chute des anges rebelles et le Jugement dernier. Presque aussitôt, le peintre entame les études nécessaires à ce projet démesuré. En septembre 1534, Clément VII meurt et Michel-Ange espère pouvoir renoncer à cette tâche écrasante pour se remettre au tombeau de Jules II, qu'il regrette de n'avoir pu achever. Mais le nouveau pape Paul III entend que le projet de son prédécesseur soit mené à terme. Par bref apostolique de 1535, il nomme Michel-Ange architecte, peintre et sculpteur du Vatican. Michel-Ange ne peut se dérober. Mais seul le Jugement dernier sera exécuté. La Chute des anges rebelles fut confiée à Matteo da Leccio, collaborateur de Michel-Ange, mais le projet n'aboutit pas.

Description


La fresque s'étend sur un vaste mur de 16 mètres de haut sur 13 mètres de large, en forme de double lunette. Elle a pour thème le jour du jugement dernier, sujet fréquemment représenté sur le mur d'entrée des églises. On pense que Clément VII voulait marquer les esprits après le terrible sac de Rome de 1527 par les lansquenets de Charles Quint.

Aux côtés de Jésus et de sa mère figurent les saints tenant les instruments de leur martyre, témoins de la foi. On peut reconnaître à leurs pieds les patrons de Rome, saint Barthélemy (tenant dans la main droite le couteau de son martyre et dans la main gauche sa peau écorchée, il est présenté sous les traits de Pierre l'Arétin et de Michel-Ange)[1], et saint Laurent avec son gril. À droite se trouvent saint Pierre rendant les clefs du Paradis, Adam et Ève, Ésaü et Jacob réconciliés, et d'autres martyrs. À gauche, des apôtres et Jean-Baptiste.

En bas, on voit : à gauche les morts tout juste ressuscités, que des anges emmènent vers le Christ pour être jugés ; à droite, les damnés repoussés par les anges et tirés vers l’enfer par des démons ; au centre, deux hommes que se disputent anges et démons, et qui s'accrochent à un chapelet - condamnation implicite des protestants, qui rejettent la dévotion à la Vierge.

Enfin, tout en bas de la fresque, on remarque deux personnages inspirés non par la Bible mais par la Divine Comédie de Dante : Charon, chassant les damnés hors de sa barque ; et Minos, affublé d'oreilles de cochon, entouré de serpents et de démons, représenté sous les traits du maître des cérémonies Biagio da Cesena (it), qui avait critiqué la fresque en présence du pape - offense que Michel-Ange, rancunier, n'avait pas pardonnée. Michel-Ange, artiste de génie se vengea à travers l'art.

L'ensemble compose une scène saisissante, à la fois ordonnée et bouillonnante. Les personnages, parfois contorsionnés, semblent emportés dans un gigantesque mouvement d'ellipse. Michel-Ange offre une vision torturée et douloureuse du jugement dernier, loin de la calme majesté des représentations habituelles.

À l'époque, l'œuvre fait scandale, car ses quelque quatre-cents personnages y figuraient nus, même le Christ. Paul IV envisagera même de détruire la composition, mais il se contentera d'en faire voiler pudiquement certains personnages par Daniele da Volterra, qui y gagnera le surnom de Il Braghettone (le porteur de culotte). Au XVIIe siècle, Clément XII fera ajouter d'autres voiles. Cette entreprise se poursuivra encore en plein XXe siècle, sous le pontificat de Pie XI.

Polémique sur la restauration


La vision et l'interprétation de l'œuvre ont été renouvelées par la longue restauration effectuée de 1981 à 1992. Celle-ci a dévoilé des couleurs étonnantes — bien que typiques du maniérisme — chez celui qu'on surnommait le « terrible souverain de l'ombre » : de hardis roses pastel, des jaunes citron, des verts acides, des bleus lapis-lazuli, des mauves saturés... La polémique se poursuit quant au bien-fondé de cette restauration. Des ombres portées à sec par Michel-Ange auraient été définitivement effacées.

Postérité


La fresque fait partie des « 105 œuvres décisives de la peinture occidentale » constituant le musée imaginaire de Michel Butor[2].

Sources


  1. Guide des musées et de la cité du Vatican, publications du Vatican, 1986
  2. Rome, Hachette, coll. « Guides bleus », 1992
  3. Article du Dauphiné Libéré : « Un visage lui est apparu » du
  4. Giovanni Careri, La torpeur des Ancêtres. Juifs et chrétiens dans la chapelle Sixtine, 2013, Paris, Éditions de l'EHESS

Notes et références


  1. Le visage du saint serait celui de Pierre l'Arétin jaloux et critique de l'œuvre de Michel-Ange. Le visage de l'écorché serait la représentation du peintre lui-même, un autoportrait de Michel-Ange, âgé alors de 70 ans et traversant une période de doutes. Cette hypothèse a été avancée en 1925 par Francesco La Cava (it) (Il volto di Michelangelo scoperto nel Giudizio Finale) et fait désormais consensus chez les historiens d'art. D'après Rémi Maghia, « L’art dans la peau - « Écorché vif » : voici pendre la peau… », Dermato Mag, vol. 5, no 3,‎ , p. 195-196
  2. Michel Butor, Le Musée imaginaire de Michel Butor : 105 œuvres décisives de la peinture occidentale, Paris, Flammarion, , 368 p. (ISBN 978-2-08-145075-2), p. 49-51.

Voir aussi


Bibliographie

Articles connexes

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