Paul Carbone


Paul Carbone
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Paul Bonaventure Carbone
Surnoms
L'empereur de Marseille, Venture
Nationalité
Activités

Paul Carbone (Paul Bonnaventure Carbone), surnommé Venture, né à midi le à Propriano, en Corse, et mort le à Chalon-sur-Saône, est un criminel corse impliqué dans le milieu corso-marseillais de 1920 jusqu'à sa mort en 1943. Il est le premier parrain reliant le crime organisé avec le monde politique. Associé à François Spirito qui deviendra un des leaders de la French Connection, la vie de Carbone inspire le film Borsalino avec dans les rôles principaux Alain Delon et Jean-Paul Belmondo[1].

Sommaire

Jeunesse


Paul Carbone naît à Propriano en Corse en 1894[2]. Il est le descendant de la nourrice de Napoléon, Illéria Carbone[1]. Carbone grandit à Marseille dans le quartier populaire du Panier, où il est déjà un petit voyou turbulent. À l'école, il est bon élève. Son père meurt alors qu'il a 12 ans et il doit quitter l'école pour aider sa mère et ses deux plus jeunes frères. Il accepte n'importe quel travail pouvant l'aider à soutenir financièrement sa famille[2].

À l'âge de 15 ans, il part à Alexandrie, en Égypte[3] où il se lance dans le proxénétisme. Il envoie la majeure partie de ce qu'il gagne à sa mère en France. Son succès attise les convoitises de proxénètes rivaux. En 1913, trois d'entre eux kidnappent Carbone, l'emmènent dans le désert et l'enterrent dans le sable jusqu'au cou. Il est sauvé trois jours plus tard par François Spirito, un Sicilien qui avait entendu les trois proxénètes se vanter de leur forfait dans un bar. Spirito a immigré très jeune à Marseille. Entre les deux hommes se noue une solide amitié et ils deviennent partenaires en affaires. Spirito est aussi proxénète. Avec Carbone, il monte un mini-empire basé sur la prostitution faisant venir les femmes de Paris pour les faire travailler dans les bordels égyptiens[4], le Caire étant une plaque tournante de la traite des blanches[1],[3]. Puis ils prennent des parts dans des maisons closes de Marseille avec d'autres corses, mais aussi à Paris où Carbone est ami avec le préfet de police, Jean Chiappe, d'origine corse[1].

Après s'être rétabli de sa mésaventure, Carbone veut quitter l'Égypte. Il s'engage avec Spirito dans la compagnie des messageries maritimes et sillonne les mers du monde entier[3]. Les Corses sont très présents dans l'administration coloniale française : on retrouve des Corses en Indochine, en Afrique du Nord et dans toute la sphère d'influence française. Carbone et Spirito se rendent à Shangaï et trafiquent l'opium ; ils nouent des contacts dans tous les comptoirs où est implantée la diaspora corse jusqu'à ce qu'éclate la première Guerre Mondiale. À ce moment, le duo retourne en France et s'engage dans la guerre[4]. Carbone est envoyé en 1re ligne sur le Chemin des Dames[3]. Après avoir été arrêté pour coups et blessures, il est envoyé aux Bat' D'Af, un bataillon disciplinaire situé en Algérie où se côtoie l'élite de la voyoucratie. Durant la guerre, sur le front de l'Ouest, il se lie d'amitié dans les tranchées avec Simon Sabiani, futur premier adjoint au maire de Marseille, lui-aussi mobilisé[5]. À la fin de la guerre, il est décoré d'une médaille pour sa bravoure au combat[6].

Entre Deux-Guerres


Après la fin de la guerre, Carbone et Spirito partent pour l’Amérique du Sud. Au Pérou, il se lancent dans le proxénétisme et font travailler 20 femmes[4]. Le duo retourne à Marseille en 1919 où il se lance dans le proxénétisme et le trafic d'opium[6].

Pendant 20 ans, Paul Carbone, épaulé de Spirito, sera l'homme fort de Marseille. À la fin des années 1920, il se lie à des politiques, exploite de nombreuses maisons closes, pratique la traite des blanches, rackette à tour de bras sur toute la côte et pratique toutes sortes de trafics. Les deux hommes sont impliqués dans le trafic de drogue, spécialement l'héroïne et la cocaïne. Ils créent un laboratoire de transformation d'opium en provenance de Turquie[7], d'Égypte[8] et d'Indochine à Bandol, près de Marseille[6]. Après transformation, l'héroïne est envoyée aux États-Unis au réseau de Lucky Luciano. C'est les bases de la French Connection. Ils possèdent un bar rue Pavillon, le bar Amical et le restaurant Beauvau, rue Beauvau. Ils dirigent leurs empires depuis ces établissements[6]. À Marseille, ils possèdent plus de 25 bordels, la plupart occupés par des jeunes femmes européennes et d'Amérique du sud forcées à la prostitution[4]. Carbone possède aussi des réseaux de prostitution en Argentine, Égypte et Espagne[9],[10].

Bien que l’absinthe produite par Pernod Fils soit bannie du territoire français en 1914[11], Carbone en importe clandestinement d'une distillerie de Tarragone en Espagne[6]. En 1936 où la France décide des sanctions économiques sur les produits italiens pour sanctionner l'État fasciste après l'invasion de l'Éthiopie, Carbone passe en contrebande 34 tonnes de fromage Parmigiano Reggiano à destination de la population italienne de Marseille. Durant la guerre civile espagnole, Carbone vend des armes aux franquistes [6].

À Paris, le caïd marseillais est aussi connu, possédant de nombreux intérêts dans plusieurs établissements, Joseph Marini, chef de le pègre, est un ami de Carbone [12]. Ils installent d'abord un bordel haut de gamme à Montmartre[4]. À cette époque, tous les bordels de Paris sont contrôlés par un Italien obèse, Charles Codebo[13]. Carbone et Spirito mettent la main sur ses affaires. Avec l'argent gagné à Paris, ils ouvrent des maisons closes dans toute la France, avec des femmes en provenance d'Europe et d'Amérique du Sud[4].

Dans l'entre-deux-guerres, Carbone et Spirito font alliance avec Simon Sabiani, ancien communiste devenu premier adjoint au maire de Marseille, chef des fascistes locaux et originaire de Corse. Carbone et Spirito agissent comme hommes de main[10] pour les campagnes politiques de Sabiani, en contrepartie, ils reçoivent une protection politique[14]. Après les émeutes du 6 février 1934, les hommes de Carbone sont lancés contre les dockers communistes en grève sur le port de Marseille[15].

En avril 1934, ils sont mêlés à l'affaire Prince, du nom de ce conseiller à la cour d'appel chargé de dossiers sur l'affaire Stavisky, dépouillé des documents dont il dispose et assassiné. Les deux hommes produisent des alibis solides et sont remis en liberté à la fin du mois[16]. L'accueil triomphal que les partisans de Sabiani réservent à Carbone, lors de son retour à Marseille, fait sensation[17].

Carbone touche à tout : en 1938, ayant découvert la chasse sous-marine alors encore embryonnaire, il s'érige en « protecteur » des premiers chasseurs sous-marins de Provence en intimidant les pêcheurs professionnels qui, craignant cette nouvelle concurrence, tentaient d'interdire l'accès de leurs zones de pêche aux chasseurs[18].

Le romancier et scénariste Carlo Rim qui rencontre Carbone en 1935 à Marseille, le décrit ainsi : "À travers ses lunettes vertes, Venture ne me quitte pas des yeux. Rivée jusqu'aux maxillaires dans des épaules de gorille, sa tête grêlée, largement fendue par une bouche immense frangée de cicatrices, serait effrayante sans ce sourire presque angélique qui tout d'un coup l'éclaire et la transfigure. Sous sa chemise Lacoste de soie prune qui lui colle à la peau, ses muscles de mirmillon se contractent au moindre geste.[19]

Seconde Guerre Mondiale


Durant la seconde guerre mondiale, Carbone et Spirito rejoignent la Carlingue qui collabore avec l'occupant allemand. En contrepartie de leur collaboration, les autorités locales doivent ignorer leurs activités criminelles sur Marseille[20]. Ils profitent du marché noir en fournissant des denrées aux allemands[21].

Pour pouvoir continuer leurs « affaires » et par adhésion au fascisme, les deux hommes soutiennent la Collaboration active avec les nazis en aidant la Gestapo pendant l'occupation de la « zone libre » (novembre 1942/août 1944).

Mort


Paul Carbone meurt le dans un sabotage de la Résistance qui, visant les soldats allemands en permission[22], fait dérailler le train à bord duquel il voyage et le fait exploser[23],[24]. Selon sa légende, Paul Carbone, les jambes sectionnées, aurait alors dit aux secouristes : « Moi, c'est foutu, occupez-vous de ceux qui peuvent être sauvés ». Il agonise pendant des heures avant de mourir d'exsanguination, une cigarette à la bouche, en disant : « C'est la vie… ». Mais sa maîtresse, Germaine Germain, mieux connue sous le surnom de "Manouche", rapporte qu'il a été amené à un hôpital local où il serait mort quelques heures plus tard[4]. À la Libération, son associé François Spirito s'enfuit en Espagne puis en Amérique du Sud où il se livre au trafic d'héroïne jusqu'aux années 1960, se taillant une place de choix parmi les trafiquants internationaux.

Dans la culture


Bibliographie et documentaire


Notes et références


  1. a b c et d Thierry Ottaviani, La Corse pour les Nuls poche, edi8, , 396 p. (ISBN 9782754089494, lire en ligne ).
  2. a et b Kitson 2014, p. 38-39.
  3. a b c et d « Paul Carbone » , sur telescoop.tv (consulté le 18 avril 2019).
  4. a b c d e f et g Albarelli 2009.
  5. « Mafia et république du 7 mars sur Arte - Lire la page 2 (TeleScoop) » , sur Telescoop (consulté le 3 septembre 2020).
  6. a b c d e et f Kitson 2014, p. 39.
  7. Block 1994, p. 112.
  8. Newsday 1974, p. 74.
  9. Kitson 2014, p. 39-40.
  10. a et b Rovner 2008, p. 105.
  11. United States Brewers' Association 1916, p. 82.
  12. Kitson 2014, p. 40.
  13. Buisson 2009.
  14. Gingeras 2014, p. 109.
  15. "Biographie : Carbone Paul Bonaventure". www.encyclopedie.bseditions.fr. Retrieved 23 March 2019.
  16. French Police Charge Three With Murder Slain Paris Jurist". Evening Report. Lebanon, Pennsylvania. 29 March 1934. p. 1. Retrieved 28 November 2016 – via Newspapers.com.
  17. Kitson 2014, p. 14.
  18. Jacques-Yves Cousteau, Frédéric Dumas, Le Monde du Silence, Éditions de Paris, 1953, chapitre I Les hommes-poissons.
  19. Mémoires d'une vieille vague, de Carlo Rim, Gallimard, nrf, 1961, page 50.
  20. Cockburn & Clair 1998, p. 139.
  21. Gingeras 2014, p. 107.
  22. "Biographie : Carbone Paul Bonaventure
  23. Levendel & Weisz 2011.
  24. McCoy, Alfred W. The Politics of Heroin in Southeast Asia: CIA Complicity in the Global Drug Trade. New York: Harper & Row, 1972. p. 35.

Voir aussi


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Liens externes








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