Pierre Puget


Pierre Puget

François Puget, Le Sculpteur Pierre Puget (1620-1694),
Paris, musée du Louvre.
Présentation
Autres noms Le Michel-Ange français
Naissance
Marseille
Décès (à 74 ans)
Marseille
Nationalité Française
Mouvement Baroque
Ses élèves Marc Chabry
Œuvre
Réalisations Milon de Crotone, Enlèvement d'Hélène de Troie, Vieille Charité

Pierre Puget, né le à Marseille, et mort dans la même ville le , est un sculpteur, dessinateur, peintre et architecte français.

Il fut célébré par de nombreux auteurs aux XVIIIe et XIXe siècles comme « le Michel-Ange de la France », l'un des représentants de l'esprit classique français du Grand siècle dans la sculpture, comme le fut Nicolas Poussin pour la peinture. Il est l'un des introducteurs de l'Art baroque en France, bien illustré par ses réalisations architecturales. À la fois artiste et artisan, il peut être considéré comme un exemple de créateur complet, dont le talent transcende les techniques[1].

Sommaire

Biographie


Naissance et apprentissage

Pierre Puget est né le à Marseille dans une maison construite par son père située à l'actuel no 20 de la rue du Puits du denier à l’angle de la rue du Petit Puits dans le quartier populaire du Panier, à proximité de la Vieille Charité. Son père, Simon Puget, fils d'un agriculteur aisé, Paul Puget dit Paulet, établi sur un vaste domaine agricole situé à l'Estaque près de la vallée de Riaux, quitte l'agriculture et s’installe à Marseille vers 1600 pour y exercer la profession de maître maçon. Simon Puget épouse Marguerite Cauvin qui lui donne neuf enfants quatre garçons et cinq filles : Jean, l'aîné, puis Gaspard, Anne, Virginie, Jeanne, Marguerite, Constance, Pierre et César. Trois d'entre eux, uniquement des garçons atteindront l'âge adulte : l’aîné Jean né en 1611, Gaspard né en 1615, et enfin Pierre.

Pendant longtemps on a cru que Pierre Puget était né en 1622 dans la propriété rurale de ses grands parents dans la vallée de Riaux : c'est pour cela que Cézanne a peint une toile, conservée à Washington à la National Gallery of Art, dénommée Maison en Provence, la vallée de Riaux près de l’Estaque afin de rendre hommage au maître vénéré[2].

Pierre n'a que deux ans lorsque son père meurt brutalement le d’une chute d'échafaudage. À quatorze ans sa mère le met en apprentissage chez maître Roman, spécialisé dans la confection du mobilier d’église. Il travaille notamment à la décoration de l'église Saint-Martin, aujourd’hui disparue, mais, contrairement à la tradition répandue sur la foi du sculpteur Jean Dedieu et par le père Bougerel, la décoration des galères ne semble pas faire partie de l'activité de Roman[3].

Premier voyage en Italie (1638-1643)

Vers 1638 Pierre part pour Livourne puis Florence et enfin Rome, où il travaille dans l'atelier d'une sculpteur sur bois qui l'introduit dans l'équipe de Pierre de Cortone, qui achève la décoration du palais Barberini. De retour à Florence pour terminer le palais Pitti, Pierre de Cortone essaie de retenir Pierre Puget, mais ce dernier décide de revenir à Marseille à la fin de 1643 ou au début de 1644 probablement pour retrouver sa mère malade. C'est à cette période qu'il dut peindre le portrait de sa mère.

Marseille et Toulon (1644-1659)

Pierre Puget assiste le à Marseille au partage des biens paternels avec ses deux frères Jean et Gaspard. En 1645, probablement après le décès de sa mère, Pierre rejoint à Toulon son frère Gaspard qui, de tailleur de pierre, deviendra sculpteur puis architecte. L'amiral Jean Armand de Maillé lui demande de travailler pour l'atelier du maître-sculpture sur bois Nicolas Levray, chef de l'atelier de décoration à l’arsenal de Toulon : il décore le navire Le Magnifique qui, après la mort de l'amiral, est rebaptisé La Reine.

Pendant l'année 1646, Pierre Puget fait un court séjour à Rome où il accompagne un religieux feuillant envoyé par la reine mère pour y copier des antiques. Ce religieux pourrait être, comme le pense Lagrange, le père Joseph qui « avait peint sous Vouet avant d'aller à Rome, où il se noya dans le Tibre »[Lag 1]. De retour à Toulon, il épouse Paule Boudet le . Ils auront un fils, François Puget, qui naîtra le et sera peintre.

Pendant la Fronde (1648-1652), l'activité de l’arsenal cesse pratiquement et Puget se consacre essentiellement à la peinture. Il exécute à la demande des tableaux et des retables pour des confréries religieuses, des églises paroissiales et des couvents. Ainsi en 1652, pour le baptistère de la cathédrale de Marseille, il réalise Le baptême de Constantin et Le baptême de Clovis. Il maîtrise alors parfaitement l'art pictural.

Le , la ville de Toulon décide d'ériger un portail avec balcon à l'hôtel de ville. Les consuls de Toulon passent un marché avec Nicolas Levray ; Pierre Puget qui avait commencé depuis quelques années une carrière de sculpteur, propose deux atlantes à la Michel-Ange pour soutenir le balcon. Les consuls enthousiasmés par le projet résilient le marché passé avec Nicolas Levray pour passer un nouvel acte avec Pierre Puget. C'est une réussite éclatante.

De Vaudreuil à Vaux-le-Vicomte (1659-1661)

Bien que Puget continue à peindre occasionnellement, c'est sa réputation de sculpteur qui franchit les frontières de la Provence jusqu'à la Cour. Le marquis de Girardin l'appelle pour orner de statues le parc de son château de Vaudreuil. Nicolas Fouquet le sollicite ensuite pour les sculptures du château de Vaux-le-Vicomte et l'envoie à Gênes pour choisir les plus beaux marbres de Carrare pour la réalisation des statues. Après la disgrâce de Fouquet survenue le , Puget décide prudemment de rester à Gênes.

Deuxième séjour italien : Gênes (1661-1668)

Pierre Puget travaille avec ardeur pour les patriciens de la capitale ligure. L'Hercule gaulois primitivement destiné aux jardins de Vaux-le-Vicomte, est sculpté pendant cette période. Il effectue un court voyage à Rome en 1662 puis un bref séjour en Provence en d'où il revient avec sa femme, son fils et son élève Christophe Veyrier. Le travail du marbre plus fin que la pierre qu'il avait utilisée pour créer les atlantes de Toulon (en pierre de Calissanne), est pour Puget un éblouissement. Il a pour le marbre une admiration sensuelle et quasi amoureuse ; il écrit à Louvois en 1683 : « la pièce de marbre est sans défaut et blanche comme neige »[4]. Il veut également dominer ce matériau puisqu'il écrit dans la même lettre la fameuse phrase : « le marbre tremble devant moi, si grande que soit la pièce »[4]. Il continue par ailleurs à peindre : le tableau de la Sainte famille date de 1663 environ.

La municipalité de Marseille souhaitant reconstruire un hôtel de ville, Pierre Puget réalise à Gênes deux projets. Le premier datant de 1663 est un dessin d'un édifice conçu comme un palais romain. Le deuxième propose un bâtiment plus modeste. Aucun des deux projets ne sera retenu.

L'arsenal de Toulon (1668-1679)

Puget rentre en France en 1668 afin d’assurer la direction de l'atelier de sculpture de l'arsenal de Toulon en remplacement de Nicolas Levray. Il n'accepte ce poste qu'après une longue période de négociation. Il indique dans une lettre du ses exigences qui ne seront acceptées par Colbert qu'en .

Il poursuit pour Marseille et Toulon ses projets d'urbanisme. Il entreprend des sculptures destinées au parc de Versailles : statue de Milon de Crotone, bas-relief d'Alexandre et Diogène, et statue de Persée délivrant Andromède.

L'indépendance de Puget et ses projets coûteux finissent par exaspérer Colbert qui le licencie en 1679 de l'atelier de l’arsenal de Toulon.

Retour définitif à Marseille (1680-1694)

Puget quitte Toulon pour s’installer à Marseille. En 1681 il se construit une maison à l’angle de la rue de Rome et de la rue de la Palud. Cette maison se compose d’un rez-de-chaussée avec entresol, de deux étages et d’un attique. La fenêtre du premier étage sur la façade en pan coupé s’ouvre sur un balcon. Au-dessus de cette fenêtre, Puget avait placé dans une niche circulaire un buste du Christ en ronde bosse avec cette inscription : « Salvator mundi, miserere nobis ». En dessous on pouvait lire : « Nul travail sans peine ». Dans le courant du XIXe siècle le buste du Christ est remplacé par une tête en hermès d’une grande médiocrité. Le buste original serait soit celui qui se trouve au musée des beaux-arts de Marseille, soit un autre conservé dans une collection particulière[Glo 1]. Au début du XIXe siècle, la corniche de la maison a été rognée ; le maçon chargé des réparations allait raser les chapiteaux et les pilastres considérés comme des nids à poussière quand l’archéologue Alexandre de Fauris de Saint-Vincens (1750-1819), arrêta « ce vandalisme »[Lag 2].

Entre 1690 et 1693, il se construit également une bastide sur la colline Fongate. Cette bastide figure sur une gravure anonyme de la Chambre de commerce de Marseille ; elle ne sera pas entièrement démolie vers 1870 pour permettre un débouché de l’actuelle rue Fongate qui était alors une impasse. Une partie de la bastide demeure dont notamment le salon de Pierre Puget, dit salon chinois. Pierre Puget meurt dans cette bastide le .

Le peintre


La peinture de Pierre Puget a été relativement délaissée jusqu'au début du XXe siècle. L'historien Arnaud d’Agnel, très critique sur la peinture de Puget, écrit en 1921 : « l'inégalité du maître et la variété trop grande de ses procédés montrent une hésitation persistante, une recherche infructueuse de la voie à suivre […] il n'est pas un grand peintre. »[5]. Par la suite l'italien Giulano Briganti et l'allemand Klauss Herding ont proposé un nouveau regard sur la peinture de Puget. Marie-Christine Gloton a également consacré plusieurs ouvrages ou communications pour redonner toute sa place à la peinture de Puget[6].

Les peintures connues de Pierre Puget sont au nombre de dix-sept, parmi lesquelles on peut retenir les œuvres suivantes :

Le sculpteur


Puget apprend la sculpture à Gênes avec Pierre de Cortone et connaît rapidement un immense succès. Sous Louis XIV, il sera le seul à pouvoir maintenir la comparaison avec Michel-Ange et Le Bernin. Il réalise son premier chef-d’œuvre en 1656 avec le célèbre portail soutenu par deux atlantes réalisé pour l’ancien hôtel de ville de Toulon. Les deux atlantes symbolisent la Force et la Fatigue : leur geste est celui des portefaix qui débarquent les navires de sacs de céréales et que Puget a pu voir au travail dans le port de Toulon. Il crée une œuvre admirable. « Il tord les muscles et exagère l’effort ; c’est en quoi il est baroque. Inutile d’ajouter qu’il a un métier prodigieux. Ses œuvres restées à Gênes sont aussi vivantes mais peut être moins puissante de ton. C’est tout de même de la sculpture monumentale de grand style »[10]. Ces atlantes ont été restaurés en 1827 par le sculpteur Hubac. Ils ont été démontés en 1944 et déposés à l'abbaye du Thoronet, puis ont réintégré le quartier du port de Toulon dans le bâtiment reconstruit après la guerre qui abrita le musée de la Marine de 1962 à 1981, et qui est depuis reconverti en mairie d'honneur[11].

En 1660, il achève l'Hercule terrassant l'Hydre de Lerne (musée des beaux-arts de Rouen). Cette statue est également appelée Hercule de Vaudreuil car elle a été sculptée pour le château qui s'y trouvait. Elle a été brisée à la Révolution ; les morceaux ont été retrouvés par Gaston Le Breton dans un champ à la Londe en 1884, ce qui a permis sa reconstitution[12]. Cet Hercule est représenté portant un coup fatal à l'hydre convulsé.

Vers 1662, Puget sculpte le buste d'un philosophe conservé au Cleveland Museum of Art (États-Unis). Ce marbre de 39 cm de haut est une des rares sculptures qui soit à la fois datée et signée avec mention du lieu d'exécution : « Rome 1662 »[Glo 2]. La tête reproduite n'a pu être formellement identifiée : Hippocrate ou Chrysippe ?

Après avoir été convoqué avec un groupe d'artistes de premier rang qui devaient orner le château de Vaux-le-Vicomte, Puget sculpte, entre 1661 et 1662, l'Hercule gaulois[BJ 1] (Paris, musée du Louvre). Cette statue, d'abord élaborée pour Fouquet, est prise par Colbert qui la place dans le parc du château de Sceaux[Lag 4]. Hercule est représenté assis sur la dépouille du lion de Némée et tient dans sa main les pommes d'or du jardin des Hespérides. Ces deux éléments évoquent deux des douze travaux d’Hercule.

Vers 1664, Puget sculpte pour le duc de Mantoue un bas relief représentant L'Assomption, conservé aux Musées d'État de Berlin. Il réalise également une Immaculée conception pour le maître autel de l’église Sainte Marie de Carignan à Gênes ; le musée des beaux-arts de Marseille conserve un moulage en plâtre de cette statue[Glo 3]. Pour cette même église, il sculpte également deux autres statues : Saint-Sébastien, dont le musée du Petit Palais à Paris possède une étude en terre cuite, et l’évêque Alexandre Sauli dont le musée Granet d’Aix-en-Provence possède également une étude en terre cuite. Ces deux œuvres baroques lui vaudront le titre de plus berninesque que Bernin[13].

Le musée de Sant Agostino de Gênes possède une statue de marbre que Puget a dû terminer en 1681 ; la Vierge au visage limpide maintient sur ses genoux l'enfant Jésus qui lui caresse le menton de sa main gauche.

Pour le fameux Milon de Crotone[BJ 2], Colbert fait savoir à Puget dès 1670 qu’il respectera sa conception et lui propose de placer la statue en un emplacement de premier choix dans le parc de Versailles. Cette statue est achevée en 1682 : Milon, athlète invincible à la lutte, veut fendre un arbre avec ses mains ; les deux parties du tronc se resserrent sur ses mains. Ainsi prisonnier il sera dévoré par les loups. Puget remplace les loups par le lion, animal plus noble. L’artiste veut symboliser la vanité des efforts humains et le fait de s’engager dans une action téméraire. Son fils, François Puget, est envoyé à la Cour en 1683 pour procéder à la réception de la statue. Lors du déballage la reine, Marie Thérèse d’Autriche, se serait écriée devant le réalisme de la statue : « Ah, le pauvre homme »[Lag 5].

En 1684, Puget termine avec l'aide de son élève Christophe Veyrier la statue Persée délivrant Andromède qui est apportée au Havre par le même navire qui transporte aussi la statue de Louis XIV du Bernin, débarquée le et convoyée par François Puget jusqu'à Versailles. Le célèbre botaniste Joseph Pitton de Tournefort, qui a rencontré Pierre Puget, lui dit que l'on trouvait la figure d'Andromède trop petite et Persée trop vieux pour un jeune héros. Puget lui répondit « qu'un de ses élèves nommé Veyrier, qui était devenu fort habile depuis ce temps là, avait un peu trop raccourci la figure d'Andromède en l'ébauchant ; que néanmoins on y trouverait les mêmes proportions que dans la Vénus de Médicis[14]. » Malgré ces critiques, Louvois écrit à l'artiste : « Le Roy a vu votre Andromède dont sa majesté a été très satifaite[15]. » La statue sera transférée fin 1850 au musée du Louvre. Avec un Persée géant et une Andromède presque enfant, ce groupe contient toute l'énergie dont Puget est capable. La signification du sujet est claire : le roi représenté sous la forme de Persée, délivre la France dépeinte sous la figure d'Andromède[16]. Celle-ci est la seule figure de femme nue sortie du ciseau de Puget. Lui qui jusqu'alors cache la femme sous les voiles pudiques de la Vierge, ose cette fois déshabiller le modèle.

Puget achève en 1689 un bas-relief en marbre représentant Alexandre le Grand rendant visite à Diogène. Des lettres laissent penser que Puget songeait d'abord à réaliser une statue et non un bas-relief. Cette œuvre devait accompagner le Milon de Crotone[Glo 4]. En effet les deux sujets présentent des similitudes, les deux personnages sont ambigus. Si Diogène est un modèle par sa modestie, il frôle l'audace téméraire, comme le fait Milon de Crotone, car alors qu'Alexandre s'approche pour satisfaire à un vœu du philosophe, ce dernier répond « Ôte-toi de mon soleil ».

Une de ses dernières œuvres est un autre bas-relief : Saint Charles Borromée priant pour les pestiférés de Milan, achevé en 1694. Cette sculpture représente au premier plan un fossoyeur traînant un cadavre. À gauche, Borromée les mains jointes prie Dieu tandis que derrière lui se trouvent deux prêtres, l'un portant une croix, l'autre un ciboire. Ce bas-relief sculpté entre 1692 et 1694 aurait été destiné à l'abbé Pierre Cureau de La Chambre, curé de l'église Saint-Barthélemy de Paris. À la mort de l'académicien, Puget cherche de nouveaux acquéreurs, mais aucune vente ne sera faite. Pierre Paul Puget, petit-fils de l'artiste, vendra cette sculpture au bureau de l'intendance sanitaire le [Glo 5] où l’écrivain Stendhal pourra l’admirer[17]. Cette œuvre, restaurée en 1953 et 1994, est conservée au musée des beaux-arts de Marseille[Glo 6].

L’architecte


Si l’œuvre de Pierre Puget architecte est la moins connue et la plus controversée, on peut néanmoins retenir certaines études ou réalisations attribuables à l’artiste avec certitude.

Le portail de l'hôtel de ville de Toulon, avec ses deux magnifiques atlantes, n'est pas seulement une sculpture car l'ensemble portail, balcon et grande fenêtre constitue une œuvre d’architecture remarquable. Puget réalise en 1663 un grand projet pour l’édification d'un nouvel hôtel de ville à Marseille. Vers 1664, il réalise une deuxième étude plus modeste qui ne sera pas non plus retenue. L’édifice actuel sera réalisé à partir d’une commission d’artistes animée par Gaspard Puget et Mathieu Pourtal, les deux maîtres d’œuvre habituels de la ville.

En 1666, la ville de Marseille s'agrandit considérablement par suite de la destruction de ses remparts médiévaux et de la construction de nouveaux remparts effectuée sous la direction de l’intendant des galères, Nicolas Arnoul. À cette occasion, la ville décide de créer un nouveau cours, actuellement cours Belsunce et cours Saint-Louis, et en confie l’élaboration à Pierre Puget qui y travaille à Gênes puis à Toulon. Plusieurs plans sont réalisés par l’artiste mais, comme pour l'hôtel de ville, la réalisation est confiée à Gaspard Puget et Mathieu Pourtal. Il ne subsiste de cet ensemble exceptionnel de l'urbanisme baroque que quelques immeubles situés le long du cours Belsunce, côté est.

En 1672, Pierre Puget dessine le projet d'une halle de la poissonnerie à Marseille, dite halle Puget. La construction de cette halle est confiée à un maître maçon dénommé également Pierre Puget, ce qui a fait douter pendant plusieurs années de la conception par le grand Puget[Glo 7]. Cette halle, après construction de murs entre les colonnes, est transformée en chapelle lors de la démolition de l'église Saint-Martin en 1857 pour le percement de la rue Colbert. Elle abritera ensuite en 1925 un commissariat de police jusqu'en 1980. Restaurée en 1987, elle a repris son aspect d'origine et correspond désormais à la description de Léo Lagrange « c'est un édifice original, le plus léger assurément des ouvrages d'architecture de Puget, le monument le plus grec de l'antique cité phocéenne. L'air y circule librement et le soleil y joue avec l'ombre de la façon la plus pittoresque »[Lag 6]. Son harmonie, tient dans ses proportions, et au nombre de cinq colonnes ioniques sur deux côtés et sept sur les deux autres.

En 1681, il réalise sa maison d'habitation située au no 25 de la rue de Rome, à l'angle de la rue de La Palud.

La Vieille Charité reste le plus grand titre de gloire de l’architecte Puget. C’est le que la préférence est donnée au projet de Puget et la première pierre est posée à Marseille le [18]. Cet ensemble immobilier est constitué d'une cour intérieure entourée par un corps de bâtiments à trois étages de galeries superposées. Au centre de cette cour s'élève la chapelle dont la première pierre a été posée le . Pour cette chapelle, Pierre Puget dresse un premier projet puis un second qui sera réalisé. L’exécution de ce projet sera longue, faute de crédits suffisants, mais sera suivie par Pierre Puget personnellement, puis après sa mort, par son fils François Puget jusqu’à la consécration de la chapelle en 1707. Cet ouvrage singulier avec sa coupole en forme d'ellipsoïde est l’aboutissement de la recherche architecturale de l’artiste.

Fortune critique


Pierre Puget est un des artistes les plus célèbres sous le règne de Louis XIV. De son vivant il était admiré aussi bien à Rome qu'à Paris, et ses grandes sculptures de marbre tant à Versailles qu'à Gênes font sa réputation. L'illustre marseillais est le seul à pouvoir soutenir la comparaison avec Michel-Ange ou Bernin. L'importance et le rayonnement de l'artiste sont bien reconnus par la Cour. L'Italie du nord et l'Allemagne centrale ont profondément subi l'influence de Puget ; bien que peu connu, ce phénomène s'explique par la fougue et la verve de l'artiste qui étaient assez proches des maîtres du baroque italien ou allemand[19].

Entre 1820 et 1860, la renommée de Puget connaît sa plus haute faveur. Théophile Gautier écrit le  : « Pierre Puget est devenu le plus grand statuaire de son époque et peut-être l’artiste le plus franchement français dont nous pouvons nous glorifier »[20]. Puget est avec Nicolas Poussin l'artiste national par excellence ; leurs deux bustes sculptés par Antonin Mercié ornent l'entrée de l'École des beaux-arts de Paris. L'architecte Henri-Jacques Espérandieu reprendra cet éloge en 1869 en plaçant deux médaillons sculptés par Philippe Poitevin à l'entrée du musée des beaux-arts de Marseille au palais Longchamp.

À la fin du XIXe siècle, on assiste à un revirement et les œuvres de Puget sont moins appréciées. Louis Courajod écrit : « Si grands que soient les noms de Poussin et de Puget, ces artistes sont de faux parrains, de faux patrons de l'école française »[21]. La ville de Marseille éprouve cependant le besoin d'élever un monument à la gloire de l'artiste, peut-être grâce au livre de Léon Lagrange publié en 1868.

En l'année 1935, faisant suite à de considérables recherches, l’archiviste Joseph Billioud démontre[22] que la plupart des édifices attribués à Puget ne sont point de lui et conclut : « le vrai, l’unique témoin encore debout du génie architectural de Pierre Puget, c’est la chapelle de l’hospice de la Charité. »[23].

Iconographie


Le visage de Pierre Puget nous est connu par deux portraits peints l'un vers 1668, l'autre vers 1690, qui se trouvent respectivement à Aix-en-Provence au musée Granet et à Paris au musée du Louvre. Ce dernier tableau, peint par son fils François[24], servira de modèle avec des variantes à deux gravures réalisées l'une par Charles Dupuis (1685-1742), l'autre par Edme Jeaurat.

Le portrait le plus intéressant est un buste en terre cuite qui a été réalisé de son vivant vers 1685 par son ancien élève Christophe Veyrier (1637-1689) (Aix-en-Provence, musée Granet). Puget, alors âgé d'une soixantaine d'années est au sommet de sa carrière ; il est représenté sans perruque, les cheveux courts, une simple cravate nouée autour du cou, mais le visage autoritaire. Ce portrait servira de modèle à divers monuments élevés en son honneur sculptés par Joseph Marius Ramus, Jean Marcellin, Henri-Édouard Lombard, Jean-Antoine Injalbert, Antoine François Consonove ou François Sicard[25].

En 1801, le préfet des Bouches-du-Rhône, Charles Delacroix, décide de faire réaliser le buste de Pierre Puget par le sculpteur Étienne Dantoine (1737-1809). À la même époque, la fontaine de la rue de Rome à Marseille, qui se trouvait devant l'ancienne maison de l'artiste, est reconstruite et ornée de ce buste[26] ; la vasque et la fontaine sont ensuite supprimées. En 1912, le marbrier Jules Cantini offre à la municipalité un nouveau monument orné d'un socle et d'une colonne cannelée au sommet de laquelle est placé le buste de Puget.

En 1816, un buste de Puget sculpté par Jean Joseph Foucou (1739-1821) est placé au sommet d'une colonne dans les jardins de la colline Puget. En 1835, le sculpteur Jean-François Legendre-Héral réalise un sculpture de Puget qui après avoir été présenté au Salon des artistes français de la même année prit place au musée Fabre à Montpellier. En 1855 un sculpteur aixois, Joseph Marius Ramus, réalise une statue en marbre qui sera achetée par le financier Jules Mirès et installée place de la bourse, actuelle place du général de Gaulle à Marseille. Une campagne de presse dénoncera la laideur du monument qui sera déplacé dans les jardins du parc Borély. François Consonove réalise aussi un buste en marbre qui se trouve au musée des beaux-arts de Marseille.

En 1857, le sculpteur Antoine Étex réalise une statue de Puget qui orne la façade du Palais du Louvre, cour Napoléon, aile Denon à Paris. En 1864, un autre sculpteur, Jean Marcellin, réalise pour la cour d'honneur de la préfecture des Bouches-du-Rhône à Marseille une autre statue de Puget.

Vers 1885, un comité présidé par le journaliste Horace Bertin est constitué à Marseille pour l'érection d'une statue représentant Puget et ouvre une souscription. Un concours est lancé et cinq sculpteurs sont retenus : Henri-Édouard Lombard, Jean-Antoine Injalbert, Jean-Baptiste Hugues, Paul Ducuing et Jean-Baptiste Belloc. Après une deuxième épreuve, Lombard, grand prix de Rome, est retenu le . Cette statue remplace celle de Joseph Marius Ramus à la place du Général de Gaulle et sera inaugurée le par le président de la République Armand Fallières. En 1970, la statue est démontée et replacée quelques mois plus tard en haut du cours Pierre-Puget, et inaugurée par le maire Gaston Defferre le .

En 1891 Jean-Antoine Injalbert réalise une statue qui est installée dans les jardins Alexandre Ier à Toulon.

Collections publiques


Les principales œuvres de Pierre Puget sont conservées dans les villes suivantes :

En Allemagne
Au Canada
Aux États-Unis
En France
En Italie

Hommages divers


Une strophe du poème « Les phares », dans la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du mal de Charles Baudelaire est consacrée à Puget, aux côtés de Rubens, De Vinci, Rembrandt, Michel-Ange, Watteau, Goya, Delacroix :

« Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats (…) »

Un timbre postal, d'une valeur de 0.2 + 0,1 franc, à l'effigie de Pierre Puget a été émis le . Une oblitération premier jour s'est déroulée à Marseille le [33].

Plusieurs expositions ont été organisées en son honneur, notamment en 1970 à l'occasion du trois cent cinquantième anniversaire de sa naissance, et en 1994 pour le tricentenaire de sa mort.

Son nom a été donné à une salle du musée du Louvre à Paris, à une place au cœur de Toulon, à une rue de Marseille : le cours Pierre-Puget, et à une rue à Ermont.

Notes et références


  1. p. 140
  2. p. 106
  3. p. 120.
  4. p. 95
  5. p. 146
  6. p. 144
  7. p. 242
  1. p. 19
  2. p. 296
  3. p. 362-363
  4. p. 372.
  5. p. 190.
  6. p. 172.
  1. Stéphane Laurent, « Pierre Puget, une unité de l’art « obligée » à l’âge classique », Dans Revista de historia da Arte e Arqueologia, (Université de Campinas, Sao Paulo, Brésil), janvier-juin 2008, n°9, p. 51-68.
  2. Georges Reynaud, « Origine et jeunesse marseillaise de Pierre Puget », in Revue Marseille, no 177, juin 1966, p. 77.
  3. Georges Reynaud, « Origine et jeunesse marseillaise de Pierre Puget », in Revue Marseille, no 177, juin 1966, p. 83.
  4. a et b georges Reynaud, « Des pièces de marbre », in Revue Marseille, no 177, juin 1996, p. 88.
  5. Paul Masson (dir.), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome III p. 814.
  6. Marie-Christine Gloton, Pierre & François Puget peintres baroques, Édisud, Aix-en-Provence, 1985, (ISBN 2-85744-225-4)
  7. Élisabeth Mognetti, « Marseille au secours du patrimoine », in Marseille, revue culturelle, no 177, juin 1996, p. 118.
  8. Régis Bertrand, « Les travaux de Gaspard et Pierre Puget pour la cathédrale de la Major », in Revue Marseille, no 177, juin 1996, p. 95-96.
  9. Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, 1906, éditeur Libella, collection Libretto, 160 p. , Paris, 2019. (ISBN 978-2-36914-446-5)
  10. André Villard, Art de Provence, Arthaud, Paris, 1957, p. 158.
  11. François Pourcelet, Journal de voyage d'une Provençale dans le sud de la France sous le Directoire en 1798, éd. de la Dyle, Aix-en-Provence, 1995, p. 177.
  12. « L'Hercule terrassant l'hydre du Puget », Le Journal de Rouen, 21 mars 1884
  13. Klaus Herding, Puget, génie multiple, dans Revue Marseille, mars 1999, no 187 p. 55
  14. Joseph Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage du Levant fait sur ordre du Roy, Lyon, éd. Bruyset, 1727, tome 1, p. 14.
  15. François Baron, « Les œuvres sculptées de Puget au Louvre », in Pierre Puget, Arts et livres de Provence, Marseille, 1971, p. 42.
  16. Klaus Harding, « Puget sculpteur », dans Marie-Christine Gloton, Klaus Herding, Jean-jacques Gloton, Geneviève Bresc-Bautier, Luc Georget, Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte, Réunion des Musées Nationaux – musée des Beaux-Arts, Marseille, 1994, p. 94, (ISBN 2-7118-2971-5)
  17. Christian Liger, « Opinions et jugements sur Puget », in Pierre Puget, Arts et livres de Provence, Marseille, 1971, no 78, p. 162.
  18. André Hardy, Quelques étapes de la construction, dans La Vieille Charité de Marseille, Arts et livres de Provence, Marseille, 1975, no 70, p. 48.
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  21. Luc Georget, « La fortune critique », in Marie-Christine Gloton, Klaus Herding, Jean-jacques Gloton, Geneviève Bresc-Bautier, Luc Georget, Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte, Réunion des Musées Nationaux – musée des Beaux-Arts, Marseille, 1994, (ISBN 2-7118-2971-5), p. 386.
  22. Joseph BILLIOUD, «Pierre Puget architecte et son sosie», Mémoires de l’Institut Historique de Provence, t. XII, 1935, p. 216-228.
  23. Jean-Marc Chancel, Pierre Puget architecte, Editions Parenthèses, , 163 p. (ISBN 978-2-86364-840-7, lire en ligne )
  24. « François Puget, Le Sculpteur Pierre Puget (1620-1694) » , notice no 000PE002262, base Joconde, ministère français de la Culture
  25. Geneviève Bresc-Bautier, « Pratiques d’atelier de Puget sculpteur », in Marie-Christine Gloton, Klaus Herding, Jean-jacques Gloton, Geneviève Bresc-Bautier, Luc Georget, Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte, Réunion des Musées Nationaux – musée des Beaux-Arts, Marseille, 1994, (ISBN 2-7118-2971-5), p. 362.
  26. Augustin Fabre, Les rues de Marseille, édition Camoin, Marseille, 1869, 5 volumes, tome IV p. 107.
  27. cybermuse.beaux-arts.ca
  28. mfa.org
  29. clevelandart.org
  30. metmuseum.org
  31. mbar.org
  32. museidigenova.it
  33. Le timbre

Annexes


Bibliographie

Liens externes

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